Les Verreries en 1861

Source : les francais peints par eux meme, Tome 2 La province, Edition Curmer 1861

Introduction

Ce site est consacré aux David Verriers, les David de Servance et au dernier d'entre eux, Antoine DAVID, né à Rive de Gier en 1858, mort a Alès en 1935. Il a connu l'ascenseur social dans le mauvais sens, alors que son fils Laurent DAVID a bénéficié d'une réussite sociale exemplaire. Le présent article, obtenu avec l'aide de Google Books, donne des informations sur le contexte industriel de l'époque et sur l'Eldorado que constituait la cité industrielle de Rive de Gier avant son lent déclin au bénéfice de St Etienne ou de la vallée du Rhône d'un côté, de la Lorraine et de l'Allemagne de l'autre.

 

Précisions sur les verreries en 1861

 

Rive-de-Gier offre encore un type intéressant, le verrier. L'origine du verrier, ses priviléges, ses talents variés, ses rivalités d'atelier, la conscience de sa dignité, de sa noblesse blasonnée sur le génie de l'inventeur avant de l'être sur le travail de l'ouvrier, le rattachent puissamment à l'histoire de l'industrie en général, et l'associentau Forésien connue travailleur.

Les anciens verriers, ainsi que chacun sait, étaient gentilshommes et travaillaient Cépée au côté : ce qui établit entre eux au jourd'hui une aristocratie réelle, c'est le talent, ou plutôt le souffle. La capacité du verrier (habileté à part) se mesure sur celle de la bouteille qu'il peut souffler. Un atelier de Rive-de-Gier reçut un jour, par charité, un vagabond, un homme sans aveu, un gueux, un vaurien se disant verrier; on lui met les armes à la main, la canne ; il prit une telle quantité de verre pour souffler qu'il eut l'air de ne pas con naître son métier ou d'en faire une gasconnade. L atelier avait les yeux fixés sur lui. Il souffla!... la bouteille acquit en un clin d'œil une dimension telle, que tous les ou vriers tombèrent à genoux; l'inconnu fut porté en triomphe, on suspendit son chef- d'œuvre dans l'atelier, et la chronique ajoute que nul ne l'a surpassé ni méïne égalé depuis. Cette bouteille est restée le nec plus ultra du verrier.

Voilà le Forésien. voila l'ouvrier, mettant de l'enthousiasme dans les plus grandes comme dans les plus petites choses. Qu'il opère sur l'or, le fer, l'acier, c'est tou jours son œuvre qui passe avant lui-même ; son spectacle, c'est sa ville, son atelier, sa maison. L'industrie lui crée un drame toujours nouveau qui ne cesse jamais d'être le même. Quand la cour danse, Saint-Etienne travaille; quand le gouverne ment équipe une flotte, Saint-Etienne sue a grosses gouttes : on lui en lient compte en beaux écus, et cela sullil. a son ambition. Quant au verrier, il ne supporte pas longtemps Véprtuve du feu; il ne lui est pas donné, connue à l'aigle, de braver toujours le soleil, représenté par un brasier. A quarante ans. la poitrine du verrier s'épuise, son souffle baisse et son ardeur s'éteint. De plus, son cristallin s'épaissit, sa rétine s'émousse, il n'y voit presque plus. Alors, s'il y a pour lui une caisse de secours, il se retire, et son fils, destiné comme lui à vivre la moitié d'une vie d'homme, le remplace sur le fourneau. Que d'hécatombes ainsi offertes à l'industrie! que de Forésiens qui meurent ainsi sans se plaindre après avoir traversé le feu et l'eau selon la formule des Égyptiens, qui furent aussi de grands industriels et de sublimes travailleurs!

 

Source : les francais peints par eux meme
Tome 2 La province
Edition Curmer 1861