La Technique du Manchon pour faire des vitres

Extrait "Guide du Verrier", Bontemps, Paris 1868

Introduction

Ce site est consacré aux David Verriers, les David de Servance et au dernier d'entre eux, Antoine DAVID, né à Rive de Gier en 1858, mort a Alès en 1935. Il a connu l'ascenseur social dans le mauvais sens, alors que son fils Laurent DAVID a bénéficié d'une réussite sociale exemplaire pour finir comme DIrecteur d'une Mine de 3500 ouvriers. Le présent article, obtenu avec l'aide de Google Books, donne des informations sur le contexte industriel de l'époque et sur la méthode de fabrication du verre à vitre par la technique dite du manchon.

 

Rappel Historique

La Technique de fabrication du verre par des Manchons a été importée d'allemagne à la fin du XVIIème siècle. ON parlait de la méthode "dite d'allemagne" ou "dite de Bohème". Cette méthode était en vigueur  en Forêt Noire et dans l'arrière pays de Bâle en suisse quand les conditions ont été réunies d'une immigration en France de ces ouvriers très qualifiés. Cette même technique du manchon était toujours en vigueur 200 ans plus tard quand les David verriers ont exercé leur activité d'étendeur de verre, principalement à Rive de Gier. André Isidore Thèbre, le Maître Ouvrier de la Famille, constitue la quatrième génération de ces Souffleurs de verre immigrés du Sud de l'Allemagne.

Cette immigration s'est faite par deux "portes" : le sud des Vosges et la Franche Comté (Lobschez puis Servance/Miellin) et le Nord des Vosges (St Quirin/Lettenbach). La famille DAVID vient de Servance, la famille THEBRE (parents d'Adeline, la femme d'Antoine DAVID) vient de Lettenbach.

Cette immigration d'ouvriers très spécialisés arrangeait les autorités françaises : ils étaient très catholiques, il défrichaient les forêts inaccessibles et procuraient des revenus importants aux propriétaires fonciers. Ils vivaient dans les bois, à part, et ne se mélangeaient pas aux populations rurales. Ils permettaient aux nobles français de disposer de gobelet, de vitres, de miroir d'excellente facture.

Quand le prix du bois a atteint des sommets vertigineux en 1750 a cause de la demande en bois de chauffage et de construction, ces mêmes verriers ont repris leur migration vers le sud pour fabriquer du verre avec des fours à charbon

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Extrait de l'ouvrage "Guide du Verrier" de Bontemps

Le procédé des cylindres, pratiqué, ainsi que nous l'avons dit, à Venise, s'était conservé aussi dans la Bohême, qui parait avoir été initiée par Venise à tous les procédés des diverses espèces de verreries; de telle sorte que lorsqu'on voulait se procurer en France, aux dix-septième et dix-huitième siècles, des vitres blanches d'une épaisseur uniforme et d'une grande dimension, on les tirait de la Bohême.

La solution utilisée en France consistait a couler du verre sur des plateaux. or Les  plateaux ne portaient guère alors que 30 pouces de diamètre, étaient beaucoup plus épais au centre que vers la circonférence, et l'on n'aurait guère pu y couper un carreau de 16 pouces sur 12 (0m,39 sur 0m,31) d'une épaisseur à peu près égale. Tel était l'état de la fabrication des vitres en France au commencement du dix-huitième siècle, lorsqu'un militaire' français, M. Drolinvaux, frappé de la supériorité des vitres qu'il avait vu fabriquer en Bohême, entreprit d'introduire ce mode de fabrication on France.

Il forma une compagnie avec laquelle il exploita une verrerie située à Lettenbach (Saint-Quirin) , sur les frontières de la Lorraine et de l'Alsace, dans laquelle il amena des verriers allemands, qui ne durent pas se trouver dépaysés, car on y y parlait et l'on y parle encore leur langue. Cette exploitation fut conduite avec un succès tel, que la Compagnie, ne pouvant acheter cette verrerie, qui appartenait aux moines de Saint-Quirin (en fait de l'abbaye de Marmoutier, en Alsace), la loua, en 1740, par bail emphytéotique, au profit de ces moines; et, par suite, conséquemment, au profit de l'État. Ce bail a cessé en 1840, et l'établissement a été alors vendu par l'État et acheté par la Compagnie, qui, par précaution, avait déjà fondé dans le voisinage la belle usine de Cirey.

Cette verrerie de Lettenbach, plus connue ensuite sous le nom de Saint-Quirin, a été la souche de toutes les verreries qui depuis ont fabriqué des verres à vitres en cylindres, dans la Lyonnais, dans le nord de la France, en Belgique , et, de nos jours, en Angleterre. Les premiers souffleurs do verres en cylindre qui avaient été amenés à la verrerie do Saint-Quirin par l'appât de salaires élevés, prévoyant que ces salaires subiraient une forte baisse s'ils formaient des élèves, s'étaient engagés entre eux à n'enseigner leur état qu'à leurs enfants, et à s'opposer même à ce que des ouvriers verriers, étrangers à leurs familles, essayassent ce genre de travail. Cette convention s'est parfaitement maintenue pendant près d'un siècle.

Les avantages du procédé des cylindres sur celui des plateaux sont la plus grande dimension des carreaux obtenus et l'absence de déchet à l'équarrissage et à la division des feuilles. Ces avantages devaient être surtout appréciés en France et en Belgique, où les architectes tendaient constamment à augmenter les dimensions des carreaux de vitres, et amenèrent peu à peu la substitution complète des verreries à cylindres aux verreries à plateaux. La dernière qui en ait fabriqué en France était une verrerie en Normandie, près d'Abbeville. La fabrication des plateaux a disparu aussi presque complétement en Allemagne, où il ne reste plus que deux verreries : l'une dans le Hanovre, l'autre près de Wurzbourg, en Bavière, qui en fabriquent sur une échelle très- restreinte.

En Angleterre, au contraire, la fabrication des vitres en plateaux, qui y avait pris le nom de crovm-glass, s'était tellement perfectionnée sous le rapport de la fusion, de l'uniformité d'épaisseur et des grandes dimensions, qu'elle a pu s'y maintenir presque exclusivement jusqu'à une époque assez récente. On y fabriquait aussi une espèce de verre assez grossier, connu sous le nom de spread-glass ou broad-glass, qui n'était guère employée que pour le vitrage des maisons de laboureurs et d'ouvriers. C'est ce verre qu'on a connu aussi en France sous le nom de queue de morue. On le soufflait comme les cylindres ; mais au lieu de laisser refroidir ces cylindres, on les ouvrait à chaud avec des ciseaux et on les développait de suite sur une plaque de tôle recouverte de sable.

Ce verre avait une épaisseur très-irrégulière, une sur face très-grossière, et sa fabrication a,complètement disparu. Le crownglass, au contraire, développé (flashed) par l'action du feu, a une surface brillante, à laquelle la glace polie peut seule être comparée. Le verre à vitre en cylindres, quelque bien fabriqué qu'il soit, donne à la vérité des carreaux plus grands ; mais, d'une part, la nécessité de le développer sur une aire, même la plus unie possible enlève une partie de son brillant à la surface qui est en contact avec cette aire ; d'autre part, la surface intérieure d'un cylindre étant inférieure en étendue (quelque mince que soit ce cylindre) à la surface extérieure, il résulte de l'opération de l'étendage qui les ramène à l'égalité, tiraillement do l'une et contraction de l'autre , ce qui produit une sorte d'ondulation qui se remarque sur la feuille, surtout quand on la voit extérieurement et d'une manière oblique.

Ces motifs d'infériorité du verre soufflé en cylindre ont rendu assez lente d'abord l'introduction de ce verre en Angleterre ; mais l'usage, chaque jour plus répandu, des glaces pour vitrage, qui a amené un changement dans les formes des fenêtres, qui ne peuvent plus être vitrées qu'avec de grands carreaux, diminue chaque jour l'emploi du verre en plateaux, dont la fabrication disparaîtra probablement dans un temps peu éloigné.

 

 Extrait "Guide du Verrier, Bontemps, Paris 1868