1834 Statistique industrie du Verre

 Source l'industrie de stephane Flachat , Paris 1834

Introduction

Ce site est consacré aux David Verriers, les David de Servance et au dernier d'entre eux, Antoine DAVID, né à Rive de Gier en 1858, mort a Alès en 1935. Il a connu l'ascenseur social dans le mauvais sens, alors que son fils Laurent DAVID a bénéficié d'une réussite sociale exemplaire. Le présent article, obtenu avec l'aide de Google Books, donne des informations sur le contexte industriel de l'époque.

 

Le Texte de 1834

Au reste , voici , sur l'ensemble des produits de l'industrie dont nous nous occupons , un relevé que nous devons à l'un des hommes que ses lumières et son caractère y ont placé au premier rang. Il pense qu'il y a environ en France 200 fours en activité , savoir : 90 fours à bouteilles. 25 fours de verre à vitre. 75 fours de gobeletterie et verroterie. 8 fours à cristal. 3  fours à glaces.

La production totale paraît pouvoir être évaluée à 29 millions , savoir :

Bouteilles, 14,000,000 fr.

Verre à vitre, 3,500,000

Gobeletterie et verroterie, 6,000,000

Cristal, 3,500,000

Glaces, 2,000,000

Nous avons déjà signalé les principales fabriques de verres ou de cristaux. Baccarat et Saint-Louis fabriquent exclusivement des cris taux; Saint-Gobain et Saint-Quirin, des glaces [Note AD : PHilippe THEBRE, le père d'André THEBRE et Appoline SOURD, la femme d'André THEBRE,  viennent de St Quirin ] Choisy , favorisé par le voisinage de Paris, fabrique particulièrement les cylindres , les verres et cristaux colorés. Rive-de-Gier est un des plus grands centres de la fabrication du verre en France le bas prix du combustible lui assure à cet égard de précieux avantages [Note AD : la branche DAVID se retrouve à River de Gier avant 1816, les THEBRE les rejoignent en 1834]

On compte à Rive-de-Gier: 10 fours à bouteilles. 10 fours de verre à vitre. 2 fours de gobeletterie et verroterie. 3 fours de topctterie et fioles. Le produit annuel d'un four à bouteilles y varie de 100 à 150,000 fr. ; celui d'un four de verre à vitre, de 200 à 300,000 fr. ; d'un four de gobeletterie, de 80 à 100,000 fr. d'un four de topetterie, de 50 à 60,000 fr. On peut calculer ainsi que la production de Rive-de-Gier s'é lève à plus de 4 millions. C'est le sixième environ de la production totale du verre en France.

Les prix du verre à vitre à Rive-de-Gier sont cotés comme il suit , pour la dimension habituelle de 28 pouces sur 18. 1" choix, 70 centimes. 2e — 60 3c — 50 Ce sont les prix de vente aux marchands de verre. La casse est à leur charge ; elle ajoute à ces prix de 2 à 5 p. %. On peut calculer qu'en moyenne le pied carré de verre vaut 20 centimes. D'après cela, nos fabriques versent annuellement dans la consommation 17,500,000 pieds carrés de verre. La fabrication des bouteilles est répandue par toute la France ; il y en a 7 fours à Bordeaux , 8 dans la vallée de l'Argonne , 8 en Picardie, 7 en Flandre, 2 près de Paris. Il y en a aussi en Bretagne, en Normandie, et dans le midi. Le verre à vitre a ses points principaux de fabrication, outre Rive-de-Gier, à Choisv, dans le département de la Meuse , dans celui du Nord , etc.

La gobeletterie et la verroterie, dans la Normandie, la Flandre, la Picardie, la Cham pagne, la Lorraine. Les fours à cristal se divisent comme il suit : 2 et quelquefois 3 à Baccarat , 2 à Saint-Louis, 1 à Choisv, 1 à Bercy, 1 à La Villette. L'industrie de la verrerie et de la cristallerie s'exerce en France sous l'empire de la prohibi tion. À l'exception des miroirs, des bouteilles pleines, des vitrifications à tailler, et des verres destinés aux instrumens d'optique, l'entrée des verres et cristaux étrangers est prohibée. Dans le procès-verbal des conférences qni ont eu lieu, en 1831 , entre la commission mixte composée pour l'examen des relations commer ciales de la France et de l'Angleterre, et dont les membres étaient , pour l'Angleterre, M. Georges VilliersetM.Bowring, et pour la France, M. Du- châtel, aujourd'hui ministre du commerce, et M. de Fréville, pair de France , on trouve une liste générale des prohibitions dont notre tarif de douanes est encore plein. L'indication de chacun des articles prohibés est accompagnée des motifs de la prohibition. On s'y exprime ainsi sur celles des verres et cristaux étrangers. « La consommation de ces articles en France est considérable.

Depuis trente-cinq ans, notre industrie en ce genre n'a pas seulement satisfait à tous nos besoins , mais elle a pu encore opérer de fortes exportations. Il paraît donc convenable de maintenir ce système. » Lorsqu'une industrie en est arrivée au point de pouvoir soutenir la concurrence étrangère , non-seulement sur son terrain, où les transports et la facilité des relations lui assurent une prime considérable, mais en dehors même des fron tières, et par conséquentà armes égales, il semble qu'une telle industrie peut être affranchie de l'humiliant patronage de la prohibition , qu'elle a droit d aspirer a n etre plus traitee en infirme, en mineure. Une forte exportation, c est une industrie comme sa robe virile; c'est son certificat de majorité.

La France en 1832, a exporté pour 2,402,000 fr. de verres, dont 228,000 en Suisse, 401,000 en Espagne, 121,000 en Sardaigne. D'autres exportations sont plus significatives encore; ce sont 167,000 fr. d'exportations en Turquie, 145,000 auxEtats-Unis, 11 2,000 en Angleterre. Ainsi l'Angleterre prend de nos produits, et nous luttons contre elle en Turquie et aux Etats-Unis, c'est-à-dire dans deux des pays où ses relations commerciales sont le plus étendues.

De quelle concurrence la prohibition a-t-clle donc prétention de nous défendre? Serait-ce de celle de la Bohême? Il est bien certain que le bon marché du combustible dans ce pays en core peu peuplé, et couvert de forêts, lui per met de fabriquer du verre à bas prix; mais ce verre ne peut arriver vers notre marché que par des routes de Jerre difficiles et coûteuses. Si ce n'était pas là une protection suffisante pour l'industrie française, nulle condamnation plus évidente ne pourrait être prononcée contre elle; mais il est bien certain qu'il n'en est pas ainsi , et que nos verreries n'ont rien à redouter de la concurrence de la Bohême.

Quant aux cristaux , nous en exportons aussi, et dans toutes les parties du monde. L'exportation totale est de 283,000 kil. que la douane évalue en moyenne à 2 fr. Elle évalue à 1 fr. le kil. de verre. Comment croire que nos cristalleries ne pour raient pas soutenir la concurrence étrangère ? Voici comment s'exprimait le jury central de 1827 : « L'art de la cristallerie a fait , en France , depuis quelques années, d'immenses progrès; désormais il peut se passer de la protection des douanes, parce que les produits qui en résultent ne craignent aucune concurrence, soit pour la qualité, soit pour les prix. Le jury central proclame avec une grande satisfaction cet important résultat. » Remarquons toutefois qu'il y a dans ce jugement quelque chose d'absolu qui n'est pas dans notre pensée.

Ainsi nous sommes con vaincus que la France pourrait ouvrir ses frontières à l'entrée des verres et cristaux étrangers, sans porter aucun tort à ses fabriques, mais c'est sous la condition que les matières premières employées à la confection du cristal, le plomb et la potasse, qui entrent pour une si forte partie dans le prix de cette matière , se raient affranchies des droits de douanes, et met traient ainsi nos fabriques en état de soutenir la concurrence étrangère à armes égales.

Quand nous parlons de lever des droits prohibitifs ou restrictifs sur des produits manufacturés de l'étranger , c'est toujours en ce sens que nous faisons cette demande; c'est sous la condition que notre industrie ne supportera pas sur les matières premières qu'elle emploie pour la production des mêmes articles , des taxes qui lui rendent la concurrence plus difficile chez elle, et souvent impossible au dehors. Si, malgré les progrès accomplis dans l'industrie de la verrerie et de la cristallerie, le consommateur n'en a presque rien ressenti , si la baisse des prix n'a pas suivi le perfectionne ment dans les procédés, nul doute que l'on eut doive en partie attribuer la cause au régime de la prohibition.

Et par exemple , si les cris taux étrangers pouvaient arriver sur notre marché , les inconvénients dont nous avons montré la possibilité dans le traité d'union des quatre cristalleries de France , disparaîtraient à peu près complètement, et tout ce qu'il y a de bon, au contraire, dans cette convention, pourrait porter ses fruits. On n'y pourrait plus voir qu'une régularisation de la vente dans tous les intérêts, dans l'intérêt du consommateur et de l'ouvrier, aussi bien que du fabricant, et non pas un envahissement du marché, une coalition dans les prix, dans l'intérêt seul des fabricants. Il est impossible de toucher à une question de liberté commerciale, en l'abordant sur son véritable terrain, sans arriver aux conséquences les plus fécondes, au plus équitable balancement de tous les intérêts Nous venons de dire qu'aucune baisse de prix sensible n'avait eu lieu dans les cristaux; nous croyons même qu'on pourrait assurer qu'il y a eu quelque augmentation dans les cristaux taillés ; mais il y a eu une assez forte baisse dans les cristaux moulés.

Cette baisse a été provoquée par l'introduction du procédé du moulage dans les Verreries. On a obtenu ainsi avec le verre des pièces d'un aspect presque identique avec celui des pièces en cristal moulé , et cela se conçoit facilement. Le procédé du moulage ne pro duit un effet agréable à la vue que lorsque les fa cettes sont très -multipliées. Mais alors le jeu de la lumière dans ces facettes laisse bien moins visibles les différences de ton et de couleur , qui s'aperçoivent si vite entre des objets de cristal et de verre, dont les surfaces sont unies. Le verre moulé a donc suscité au cristal fabriqué par le même procédé une concurrence inquiétante, et les cristalleries n'ont pu la soutenir qu'en baissant leur prix de pres de moitie,  ceci fournit au reste, un argument de plus aux observation» que nous présentions tout à l'heure , sur la né cessité d'ouvrir accès enfin à la concurrence étrangère.

Nous sommes heureux, en terminant ce chapitre, de pouvoir ajouter quelques détails sur les prix des verres à vitre de couleur, produit qui nous paraît devoir prochainement devenir l'objet d'une consommation importante. La fa brique de Choisy-le-Roi vient de joindre à son exhibition le tarif de ses produits en verre et vi traux colorés. Voici ce tarif. Verres à vitres de couleur et peinture sur verre. Les verres à vitres de couleur se vendent le pied carré: En rouge , 1" choix. 4 fr. 50 c. orange. 2 »» jaun:\ 1 50 vert. 1 50 bleu. 1 20 indigo. 1 20 violet. . 1 20 Le verre mat à dessins transparens, dit verre mousseline, avec choix de quinze dessins, se vend dans les mesures ordinaires , à raison de 2 fp. 25 c. le pied carré, soit 5 fr. un carreau de 20 pouces de haut sur 16 de large.

Le verre mat à dessins transparens jaunes, 3 fr. le pied carré. Les bordures peintes de 3 pouces de large, le pied courant suivant le dessin et le nombre de couleurs, 2 fr. à 7 fr. ; de 5 pouces, 3 fr. à 11 fr.; de 7 pouces, 4 fr. à 12 fr. Les bordures peintes par impression de 3 pouces de large , à 3 fr. le pied courant ; de 6 pouces, 5 fr. Les lettres jaunes d'or sur fond mat se ven dent 60 c. la lettre de 2 pouces de haut. » 70 3 1 »» 5 1 25 6 On paie, en outre, le prix du verre matJ à raison de 2 fr. 25 c. le pied carré. Les verres à dessins gothiques ou autres peints en diverses couleurs se vendent de 12 à 25 fr. le pied carré, suivant les dessins.

Les fleurs peintes en couleurs d'émail /vitri fiées sur fond mat blanc ou brun se paient de 25 à 45 fr. le bouquet, suivant le fini et la di mension du bouquet, et en outre le prix du verre mat à 2 fr. 25 c. le pied carré. Les vitraux composés de verres de couleur rapportés et mis en plomb comme les anciens vi traux, et représentant des orneinens ou des sujets avec figures, se paient suivant les dessins de 10 à 40 fr. le pied carré. Les vitraux peints sur verre blanc avec cou leurs en émail vitrifiées faisant corps avec le verre se vendent , suivant la complication du sujet , de 30 à G0 fr. le pied carré. Les prix de tous ces articles ne peuvent évi demment pas faire la base d'un tarif; pour les faire mieux apprécier , nous fixerons de la ma nière suivante les prix des pièces que nous avons exposées.

La figure de Mercure avec les emblèmes du commerce et la bordure à 50 fr. le pied carré, soit en total 1,300 fr. Les panneaux d'ornemens gothiques en cou leurs entrelacées à 12 fr. le pied, soit 120 fr. chaque panneau. Chaque panneau de fleurs exposé au pavillon des tissus au midi et composé d'un bouquet en touré d'une bordure sur 8 carreaux est du prix en totalité de 150 fr. Chaque carreau du milieu serait de 45 frs.

 

Source l'industrie de stephan Flachat , Paris 1834