Laurent DAVID, mon grand père

Né le 6 sept 1884 à Bessèges (Gard), mort le 29 juillet 1958 à Ecully (Rhône). Epouse le 22 juillet 1919 à la Grand Combe Jeanne DUBOIS

Ingénieur Civil des Mines, Ancien combattant de la guerre 1914-1918, Chevalier de la Légion d’Honneur, Directeur Général des Houillères de Rochebelle de 1930 à 1944

 

 

Laurent David

 

Un Destin Hors de Pair

Laurent DAVID  a servi son pays comme Ingénieur des Mines. Ce fils d’ouvrier, boursier de la République, diplômé des Mines de St Etienne, a fait toute sa carrière aux Houillères de Rochebelle dont il a été nommé Directeur en 1930 à 46 ans (ce qui correspond à Directeur Général avec un Président non exécutif), jusqu'en août 1944. Il s’est marié à la Grand Combe avec Jeanne, fille du Chef du Service Commercial de la Mine de la Grand'Combe, Claudius DUBOIS.

 

The right place and the Right Time : Le Charbon entre 1906 et 1944, c'était LE secteur d'activité où il fallait être, et Alès était une véritable pépite industrielle à cette période grâce au charbon, le principal îlot d'emploi industriel de tout le Languedoc. Diriger une mine à Alès malgré la crise, 1936 puis l'occupation, quelle destinée ! A la Mine de Rochebelle, il y avait 3500 mineurs.

 

Quel fabuleux destin professionnel pour ce fils d'ouvrier, dont les parents ont dégringolé l'échelle sociale entre 1875 et 1919 (passage de la manufacture de verre avec ouvriers bien payés à l'industrie mécanisée en coulée continue avec la concurrence de manœuvres trois fois moins bien payés, et avec des industriels qui provoquaient des grèves pour ne pas payer les ouvriers et écouler les stocks - cf grèves des verriers de Carmaux en 1892-1895).

 

Quelle formidable revanche sur la vie pour Adeline, la mère de Laurent, dont la vie a été un long déclassement social (Petite fille d'un Maître Ouvrier Verrier, fille née sans père dans un monde très catholique, épouse d'un ouvrier en régression sociale chassé vers le sud et l'espagne par la machine et la révolution industrielle). Quel triomphe que d'emménager en 1930 au second étage de la Grande Maison du Directeur de Rochebelle, son fils unique occupant le rez de chaussée et le pemier étage.

 

Laurent était un digne représentant de la Droite Catholique et anticommuniste

 

Les traditions familiales côté Laurent, c’était le goût de l’effort et du travail bien fait, la responsabilité individuelle y compris dans la réussite, les économies de bout de chandelle et un catholicisme très solide propre aux ouvriers verriers.  A cette époque, quand on était catholique et chef d entreprise, on était rarement communiste. Les événements de 1936 ont été une épreuve au plan des tensions sociales à Alès comme ailleurs.  Les menaces contre sa famille étaient fréquentes. Il faisait preuve d'une grande fermeté dans ses relations avec les Mineurs en général, et les Communistes en particulier.

 

La tradition familiale côté Jeanne, c’était une ascension sociale très récente de sa famille, issue du monde agricole, avec peu de sympathie pour le communisme. Cette ascension sociale fut couronnée par l’épopée du Général BERTHELOT, militaire estimé de la grande guerre.   En 1917, il a été le seul Chef de Corps d'Armée Allié à remporter des victoires sur les Allemands et les Autrichiens.  Cousin Henry a commandé fin 1918 début 1919 l'Armée du Danube (les troupes françaises engagées  dans la guerre contre les Russes Rouges dans les Balkans (si si, la France leur a fait la guerre...)). Bref, côté DUBOIS non plus, le communisme n'était pas le bienvenu.

 

Pas de chance pour Laurent, entre 1930 et 1944,  la culture dominante ouvrière dans les Cévennes était marquée par le combat contre l’ordre établi (Guerre des camisards en 1702-1715, réfugiés espagnols républicains opposés au Franquisme, enracinement communiste ouvrier). Laurent était fils d’ouvrier, né à 10 km d’Alès, il parlait le cévenol, c’était un patron qui se faisait écouter de ses ouvriers. Dans l’imagerie communiste de l’époque, c’était  un ennemi de classe, d’autant plus nuisible qu’il était fils d’ouvrier.

 

Je ne sais pas ce que mon grand père a fait pendant la guerre. Diriger une entreprise (la Mine) dont l'occupant réquisitionnait  la production s'apparente clairement à une forme de collaboration. A la Libération, Laurent a été épuré brutalement par des maquisards communistes à la pointe du fusil.  IL n'a pas été jugé, il ne figure dans aucun registre de la prison d'Alès comme incarcéré, il a simplement été "mis au vert" quelques semaines en prison à Lyon pour garantir sa protection le temps que les « milices populaires » soient neutralisées. Et comme il avait 60 ans, on l’a mis à la retraite. Et comme les milices populaires du Gard ne l'aimaient pas, il a été fermement prié de déménager pour ne plus jamais revenir à Alès : l'exil forcé pour raisons politiques.

 

Quand je lis les témoignages de l’époque, aujourd’hui déclassifiés,  sur ce qui s’est passé avant pendant et après la Libération d’Alès, je comprends mieux ce qu'a subi mon grand-père. Ce site internet va me permettre de mener une enquête pour comprendre ce qui s'est passé à Alès à la Libération, et de lui rendre hommage.

 

En effet, à la Libération, les maquis d'inspiration communistes (en particulier le FTP) étaient dominants à Alès et à Nîmes. Et la chaîne de commandement de la Résistance (les FFI) était "noyautée" par des militants communistes. Alors que le Conseil National de la Résistance avait donné pour consignes aux Maquis de harceler l'ennemi dans sa retraite, les  communistes sont allés "libérer les villes" et constituer des milices populaires  en charge de restaurer la liberté et punir les collaborateurs et les élites. Leur priorité n'était pas de lutter contre les allemands mais de laisser aux forces apolitiques le soin de combattre les allemands pendant que les milices populaires faisaient leur révolution. L'épopée de la Colonne Schneider est a ce propos édifiante.

 

Les Gaullistes et les forces régulières ont eu les plus grandes difficultés en septembre 44 à reprendre le contrôle de ces villes, désarmer ces milices populaires, et mettre en place une justice indépendante des règlements de compte locaux. Lire à ce propos le long témoignage de D Magnant, officier et commandant militaire des FFI sur le département du Gard. Je formule à ce stade l'hypothèse que c'était les "mêmes" qui ont purgé brutalement Nîmes et Alès. Je leur suis reconnaissant cependant d'avoir moins fait couler le sang à Alès qu'à Nîmes.

 

Bref, Laurent a échappé de peu au peloton d’exécution a Alès en août 1944. Au vu de l’histoire cependant, ces exécutions sommaires et l’épuration sauvage n’auront concerné qu’un nombre limité de personnes (initialement estimé à 30.000 par R Aron, le chiffre a été ramené depuis a près de 10.000 par plusieurs historiens anglo-saxons).  En regard des atrocités commises par les allemands et la milice, en regard des 6 000 français tués, des  25 000 fusillés durant la guerre, des 27 000 résistants déportés, des 76 000 déportés raciaux (source wikipedia), des 150.000 malgrés nous alsaciens et mosellans obligés de combattre pour les allemands sur le front de l'est, des 850.000 travailleurs forcés (volontaires,  ou STO) et du million de prisonniers de guerre réquisitionnés en allemagne, les chiffres de l'épuration sauvage restent modestes et il faut être reconnaissant au Général de Gaulle et aux autorités provisoires d’avoir prévenu le bain de sang à la Libération et d’avoir préservé la démocratie.

 

 

Laurent a-t-il résisté aux résitants FTP pour une histoire de Pommes de Terre ?

 

Maintenant, en août 1944, Laurent a été épuré sauvagement par des milices communistes. Je ne connais pas la cause de ce lynchage mais je suis décidé à mener une enquête. Plusieurs axes de recherches :

  • Un problème de Pomme de terre ? La Mine avait des champs de patates pour nourrir les mineurs. Les Maquis pendant ce temps crevaient de faim. Je vais enquêter auprès de familles de mineurs et de familles de maquisards survivants pour savoir comment ils se nourrissaient entre octobre 43 et aout 44.
  • Une vengeance personnelle ? quel maquis à Lynché mon grand père, qui en étaient les dirigeants et lesquels ont travaillé à la Mine de Rochebelle.
  • Des témoignages du lynchage ? je cherche des témoins oculaires de ces événements. Que s'est-il passé ce jour là à Alès ?
  • Quels autres notables d'Alès ont été épurés sauvagement et pourquoi ? Je compte dresser la liste de ces responsables politiques et économiques et comprendre lesquels ont été évincés brutalement, et pourquoi. Y a-t-il eu, comme à Nîmes, éviction délibérée de notables (avec ou sans massacres, comme à Nîmes).

 A ce stade, je formule l'hypothèse que mon grand père a été épuré par des leaders communistes pour avoir préféré donner des pommes de terre aux familles de mineurs de préférence au maquisards du FTP. Laurent avait fait la guerre de 14 comme officier, il savait se battre, il a sans doute jugé que résister aux maquisards communistes pour nourrir en priorité ses mineurs était de sa responsabilité, constituait une forme de courage contre le totalitarisme. Si cette thèse devait se vérifier, maintenant que l'histoire a reconnu comment les milices communistes se sont comportées dans le gard à la Libération, je souhaite lui rendre hommage.

 

L’enquête

 

Durant la guerre, Laurent DAVID a dirigé la Mine de Rochebelle malgré les rationnements, malgré la pénurie de main d’œuvre , etc.. La Mine a pu épargner a 200 jeunes français de partir au STO en Allemagne. Elle a mis en culture de nombreux terrains vagues propriété de la mine (on ne pouvait pas construire au-dessus des mines) en offrant les légumes aux familles d’ouvrier. Je suis parti dans une enquête pour retrouver des témoins de cette période et savoir si les mineurs de Rochebelle ont bien bénéficié de ces pommes de terre et comprendre comment le maquis FTP (communiste) se nourrissait.. et si comme je le pense il réquisitionnait, parfois sous la menace, ce dont il avait besoin.

 

Acte mariage Laurent DAVID & Jeanne DUBOIS 

 

Faire part Laurent DAVID juillet 1958

 

 Babtème Laurent DAVID

 

Deces des epoux

 

Acte naissande de Laurent DAVID

Livret de famille david laurent

Chèque Rochebelle

boulet charbon de rochebelle