Salaires et monopole d'embauche des Verriers

Source "L'Industrie en 1834" de Stéphane FLACHAT

 

Introduction

Ce site est consacré aux David Verriers, les David de Servance et au dernier d'entre eux, Antoine DAVID, né à Rive de Gier en 1858, mort a Alès en 1935. Il a connu l'ascenseur social dans le mauvais sens, alors que son fils Laurent DAVID a bénéficié d'une réussite sociale exemplaire. Le présent article, obtenu avec l'aide de Google Books, donne des informations sur le contexte industriel de l'époque et sur les conditions d'embauche et de rémunération dans l'industrie du verre.

 

Remarque sur le terme de "Gentilhomme Verrier"

 

Dans le duché de Lorraine, au XV et XVIé siècle, des immigrants allemands se sont vus octroyer par les Ducs de Lorraine leur Lettre Patente de Noble. D'autres Princes ou Ducs ont suivi cet exemple, mais ces verriers, à l'époque, vivaient dans la forêt, dans des conditions extrêmes, et n'avaient de noblesse souvent que les prétentions. Sous Henri IV, à la demande de la Noblesse, une clarification est intervenue pour ne confirmer la Nobilité que pour les industriels verriers qui avaient des liens familiaux avec le reste de la Noblesse.

Le terme de Gentilhomme Verrier s'est maintenu pour tous les verriers, qui n'avaient plus comme privilège que des exemptions de taxes et de corvées mais qui n'étaient plus nobles. Une raison qui explique les migrations des verriers à la fin du XVIIIe des forets vers les villes et leurs fours à charbon, s'explique par le refus des populations rurales de voir les verriers bénéficier plus longtemps d'exonérations de taxes. EN revanche, les "vrais " nobles pouvaient exercer une activité de Verrier sans "déroger" à leur condition de noble.

Quand les Maîtres Verriers, au XIXe, se référaient à leur condition de Gentilshommes verriers, cela relevait davantage de la culture que d'une réalité économique car en 1830, les Maîtres Verriers, quoi que bien payés, étaient des ouvriers salariés mais n'étaient plus actionnaires de leur outil de travail.

 

Extrait de l'ouvrage de Stéphane FLACHAT sur le monople d'embauche

La paix ( suite aux guerres Napoléoniennes) ne troubla donc pas les privilèges des gentilshommes verriers ; c'est le nom que se donnent ces ouvriers qui ne veulent d'autres apprentis que leurs fils ou leurs neveux , et se refusent absolument à transmettre à d'autres les secrets de leur art. Dans quelques fabriques cependant, on est parvenu à former directement des ouvriers , sans les faire passer par l'apprentissage de messieurs les gentilshommes ; ainsi s'est élevé le parti des cagniots, à la grande indignation de l'aristocratie verrière , qui a fait tous ses efforts -pour détruire ce genre de résistance à ses privilèges , et y a souvent réussi.

Le nombre de cagniots est encore fort inférieur à celui des gentils hommes verriers ; de là , un grand obstacle au perfectionnement de l'art de la verrerie. Ces ouvriers, comme toutes les professions qui exploitent un monopole, imposent aux fabricants leurs habitudes et leurs prix de travail ; à Rive-de-Gier, par exemple , les ouvriers persistent à donner au verre moins d'épaisseur, parce que , payés à la pièce , ils peuvent en produire plus , en maniant moins de matière. Mais cette moindre épaisseur du verre limite les débouchés de Rive- de-Gier.

Les prix du travail sont généralement aussi trop élevés , et le fabricant qui est obligé de céder aux exigences de messieurs les gentilshommes, et qui, d'un autre côté, ne peut élever en proportion le prix de ses produits , parce que les habitudes du consommateur lui imposent aussi à cet égard d'infranchissables limites; le fabricant ne peut que chercher à compenser, par la réduction des salaires inférieurs, l'exagération de ceux des ouvriers souffleurs. A Rive- de-Gier, les ouvriers manœuvres n'ont que 80 fr. par mois. Les ouvriers souffleurs ont au moins 300 fr. ; il en est qui gagnent jusqu'à 500 et 600 fr. par mois.

 

Source "L'Industrie en 1834" de Stéphane FLACHAT