Production de charbon de rive de gier

Extrait du livre "Historique des Mines de Rive de Gier", de M.A. Meugy, Paris 1848

 

Introduction

Ce site est consacré aux David Verriers, les David de Servance et au dernier d'entre eux, Antoine DAVID, né à Rive de Gier en 1858, mort a Alès en 1935. Il a connu l'ascenseur social dans le mauvais sens, alors que son fils Laurent DAVID a bénéficié d'une réussite sociale exemplaire. Le présent article, obtenu avec l'aide de Google Books, donne des informations sur le contexte industriel de l'époque et sur l'Eldorado que constituait la cité industrielle de Rive de Gier et ses formidables mines de charbon.

 

Extrait du livre Historique des Mines de Rive de Gier

La production du bassin de Rive-de-Gier, y compris la concession de Saint-Chamond, a été en 1841 de 4.552.012 quintaux métriques. On a employé 2.356 ouvriers , dont 1.730 à l'intérieur, et 565 à l'extérieur et 485 chevaux, dont 376 au fond et 109 à la surface‘. Sur 82 machines à vapeur, on en a mis 39 en activité pour l'extraction du combustible, et 13 pour l'épuisement des eaux. La consommation intérieure du sous-arrondissement minéralogique Rive-dâ-Gier pendant la même annee, a été de 2 millions de quintaux , y compris 704.123 quintaux métriques provenant des mines de Saint-Etienne. Sur ces 2 millions, plus de 6oo.ooo ont servi à l'alimentation des verreries.


Les extractions de la houille, qui ont dépassé 15 millions de quintaux métriques en 1847, n'arrivaient pas à quatre millions en 1820. On les a vues monter sans cesse depuis cette époque, surtout après l'établissement des nouvelles voies de communication. Le bassin houiller de la Loire, qui n'a que 22,000 hectares de superficie, est devenu le plus productif de tous les bassins houillers de la France. L'étendue des concessions atteint dans la Loire près de 27,000 hectares, mais elle dépasse la ligne carbonifère. D'après le dernier compte rendu publié par l'administra tion des mines, le bassin produisait 3,248,000 quintaux métriques de plus que celui du Nord, qui vient immédiatement après sous le rapport des quantités extraites, et qui embrasse 54,000 hectares. Dans la France entière, 453,000 hectares de terrains concédés, renfermant 268 mines exploitées, avaient donné, en 1847, 44 millions de quintaux métriques.

Les massifs dont l'existence est démontrée dans la Loire contiennent plus de 2 milliards et demi d'hectolitres, et il est permis de conjecturer la présence d'une autre masse de charbon au moins équi valente. Le bassin présente la forme d'un triangle très-allongé, dont la base s'appuie sur la Loire et dont le sommet vient aboutir jusque sur la rive gauche du Rhône, en face de Givors. Tout ce territoire appartient à un même système au point de vue de sa formation, mais il est d'usage de le diviser en trois parties : les deux riches bassins de Saint-É tienne et de Rive-de-Gier, et un espace intermédiaire désigné sous le nom de bassin de Saint-Chamond, longtemps regardé comme stérile, et encore peu productif aujourd'hui.

Le mode d'exploitation de ces terrains offre divers caractères qui touchent au sort de la nombreuse population vivant du travail des mines. Le gîte carbonifère de la Loire est partagé entre soixante-deux concessions d'une étendue et d'une fécondité extrêmement inégales. 1l y en a qui se composent seulement de 10 hectares, telles que la concession de Verchères-Feloin, tandis que d'autres en renferment près de 6,000, comme celles de Firminy et Roche-la-Molière. On en compte vingt-cinq à peu près qui sont inactives ou improductives. Certaines concessions sont exploitées isolément et parfois même fractionnées entre plusieurs mains; mais trente-deux, dont quelques-unes sont des plus riches et des mieux situées, ont été réunies dans les mains d'une seule société, la Compagnie des mines de la Loire, qui, au moment de sa formation, avait donné lieu dans la presse parisienne à une polémique ardente, et qui est encore dans le pays l'objet des plus vives discussions. Née à Rive-de-Gier, où elle grandit rapidement, cette association compléta son réseau en s' adjoignant, en 1845, une autre compagnie créée dans le bassin supérieur sous le nom de Société des mines de Saint-Étienne (1). On s'est demandé depuis s'il n'y aurait pas avantage à opérer le fractionnement.

Le travail du mineur varie suivant la disposition des couches : quelquefois le charbon est presque à fleur de terre  et on se borne à percer des voûtes sous lesquelles on descend par une pente plus ou moins inclinée ; le plus souvent on est obligé de creuser des puits pour atteindre jusqu'aux filons carbonifères : on perce ensuite des galeries souterraines qui se ramifient. comme les rues d'une ville. Une particularité de l'exploitation des houillères du bassin de Rive-de-Gier, quoique situées au pied des montagnes, c'est l'extrême profondeur des puits. La plupart n'ont pas moins de 200 à 400 mètres. Le plus profond de tous, celui du Plat-de-Gier, situé entre la Grande-Croix et Saint-Chamond, atteint 550 ou 560 mètres, et il est encore en creusement.

Aux environs de Saint- Étienne, les puits n'ont souvent que 25 à 30 mètres. La profondeur la plus grande à laquelle on soit descendu est de 320 mètres dans le percement de Montsalson, au point culminant de tout le bassin. L'exploitation des houillères de la Loire, et par suite le travail qui en résulte pour la population forésienne, se trouvent assurés par la diversité et la qualité tout à fait supérieure des produits. On rencontre à Saint-Étienne les charbons de forge les plus renommés du monde. On sait que ce charbon d'une nature collante a la propriété de brûler en dedans de manière à former une croûte, externe sous laquelle le métal s'échauffe et rougit rapide ment. Une concession du même district, celle de la Ricamarie, renferme des houilles à gaz, c'est-à-dire des houilles riches en principes volatiles, très-recherchées pour les usines d'éclairage de Lyon et d'une partie des villes du Midi.

La variété appelée charbon de grille qui convient au foyer des chaudières à vapeur et aux usages domestiques, abonde particulièrement dans le rayon de Rive-de-Gier. Cette sorte de houille brûle en dehors; les flammes qui s'en échappent sous forme de langues plus ou moins allongées enveloppent et lèchent pour ainsi dire le fond des chaudières qu'elles mettent promptement en ébullition. Les houilles de ces montagnes s'écoulent en quantités bien plus considérables par le Rhône que par la Loire. On les trouve dans une grande partie de la France, à Paris, à Nantes, à Mulhouse, à Toulon, à Toulouse, dans les forges de la Champagne, de la Bourgogne, de la Nièvre, de la Haute-Bretagne. Les charbons qui leur font particulièrement concurrence sur certains marchés sont ceux de la Belgique, de la Flandre française, de l'Auvergne, du Bourbonnais et du Languedoc.

La valeur des produits annuels de l'industrie extractive dans la Loire est de 15 à 17 millions. Ce chiffre forme à peu près le sixième de la production totale du district industriel de Saint-Étienne, estimée à 110 ou 120 millions, dont 55 ou 60 reviennent à la rubanerie et à la passementerie, et 40 ou 43 aux industries du fer et aux verreries. La vie industrielle des ouvriers, c'est-à-dire le régime du travail, doit varier profondément entre des industries aussi différentes. Dans la rubanerie de Saint-Étienne, l'organisation des ateliers ressemble en général à celle des ateliers lyonnais. L'ouvrier possesseur de métiers travaille chez lui, soit seul, soit avec un ou plusieurs compagnons, et reçoit du fabricant les matières premières à mettre en œuvre. 

 

Source "Historique des Mines de Rive de Gier", de M.A. Meugy, Paris 1848