Mutation Industrielle et déclin de Rive de gier

extrait de Le Mouvement de Population du Bassin du Gier, de H Vaganay, 1926

Introduction

Ce site est consacré aux David Verriers, les David de Servance et au dernier d'entre eux, Antoine DAVID, né à Rive de Gier en 1858, mort a Alès en 1935. Il a connu l'ascenseur social dans le mauvais sens, alors que son fils Laurent DAVID a bénéficié d'une réussite sociale exemplaire. Le présent article, obtenu avec l'aide de Google Books, donne des informations sur le contexte industriel de l'époque et sur l'Eldorado que constituait la cité industrielle de Rive de Gier avant son lent déclin au bénéfice de St Etienne ou de la vallée du Rhône d'un côté, de la Lorraine et de l'Allemagne de l'autre.

 

Mutation industrielle entre 1841 et 1866

 

Le bassin houiller de Rive-de-Gier produisit de 600 à 750.000 tonnes pendant les années -1840-1861 ; de 1862 à 1866; laproductiom ne dépassa jamais 595.000 tonnes. Les mines, jusqu'alors exploitées; au hasard;- commencèrent à:l'être méthodiquement; mais les couches s'épuisaient et la production diminuait, malgré de nouveaux sondages.

La métallurgie renonça aux  minerais de fer de la Loire, trop pauvres, pour s'alimenter à des gisements plus riches; Les hauts fourneaux de Terrenoire et de L'Horme ne restèrent allumés que grâce à des minerais apportés de l'Ardèche; puis d'Algérie après 1860. Givors, mieux situé; devint de plus en plus le centre producteur des fontes dont la métallurgie de la Loire a besoin; et, en face de Givors, à Chasse, des hauts fourneaux s'installèrent en 1855 sur la rivegauche du Rhône. L'industrie métallurgique du Gier moyen, installée sur Ле charbon mais éloignée du fer; ne pouvait vivre qu'en perfectionnant son» outillage et ses procédés de manière à produire des aciers de choix.


Elle se plaça donc à l'avant-garde des découvertes scientifiques et de leur application, Principales dates:

  • 1848,. Pectin et Gaudet inaugurent la fabrication des canons en fer.
  • 1849/ ils prennent le premier brevet pour le laminage des bandages sans soudure et le frettage des bouches à feu;
  • 1853, les six frères Marrel,. forgerons; à Saint-Martin la Plaine, fondent à  Rive-de-Gier un atelier de 200 ouvriers, où ils établissent un marteau-pilon de 25 tonnes, le plus puissant de l'époque.
  • 1856,4es usines Déflassieux, fondées à Rive-de-Gier en 1850, s'associent aux ateliers Arbel pour la production des roues de wagons.
  • 1864,construction par les Marrel, dans la banlieue orientale de Rive-de-Gier, de l'usine des Etaings spécialisée dans la production des blindages, tôles et profilés); 


Les perfectionnements apportés au travail de l'acier et le développement de la production exigeaient de. très gros capitaux, et seules les grandes sociétés pouvaient résister à la concurrence des autres régions mieux- dotées. En 1854, plusieurs firmes durent, s'unir pour former une seule société dénommée к Hauts Fourneaux,'


Forges et Aciéries de la Marine et des Chemins de Fer ч Les forges de Terrenoire et de Lorette s'allièrent aux houillères de Bessèges (Gard) et aux mines de fer de LaYoulte(Ardèche). Enfin une même; administration* contrôla les forges de l'Horme, les houillères de Saint-Julien en Jarez, les mines de fer de Veyras et les hauts four neaux du Pouzin (Ardèche).


Cette concentration de l'industrie lui donna un nouvel essor. Les Aciéries de la Marine à.Saint-Chamond (1.600 ouvriers) et à Assailly (500) se mirent, à, produire des aciers pour canons de fusils, des cuirasses de. cavalerie;. dès 1855, on essayages premiers canons en acier fondu,, et les blindages des navires de guerre, au lieu d'être forgés, furent laminés et trempés. En 1861,.Gaudet introduisit à: Assailly le procédé Bessemer qui révolutionnait la; métallurgie en permettant de produire en grandes masses l'acier fondu: on réussit: à fabriquer en acier tout ce qu'on faisait alors en fer ou en fonte, les plus grosses pièces; comme les arbres moteurs pour machines de navires, et les plus petites, comme les rubans d'acier pour crinolines (Au plus fort de la mode, Assailly en livra 20 tonnes par-semaine).


Givors, de son côté, gagnait de l'importance au point de vue du travail des fers et aciers. Tandis que subsistaient ses hauts fourneaux, un atelier de constructions mécaniques appelé'à un très grand avenir y. fut fond é en 1861;
Parallèlement à la grande métallurgie, la quincaillerie et la clouterie faisaient des progrès en adoptant des machines perfectionnées. Le grand centre de la quincaillerie, Saint-Martin la Plaine, avait,en;1841; onze ateliers occupant chacun une vingtaine d'ouvriers, sans compter les nombreux paysans qui forgeaient à leurs heures de. loisirs. La clouterie constituait la spécialité de Saint-Chamond et de Saint-Julien. Rive-de-Gier et La Grand-Croix livraient des pel les, des bêches et des pioches; Enfin une nouvelle fabrication apparut dans la vallée du Gier vers 1850, celle des pointes; le principal atelier qui s'y consacra fut celui d'Onzion, à L'Horme.


L'industrie des briques et tuiles prit une grande extension aussi bien à Givors que dans la région du Gier moyen: à Saint-Chamond,. Izieux, Saint-julien, Rive-de-Gier, etc.. (En tout,.une vingtaine, d'usines). Cet essor est dû à l'incessant développement de la,verrerie et de la métallurgie,. grosses consommatrices de produits réfractaires. Vers 1855,- Grigny abandonna la fabrication de la porce laine, pour.se consacrer uniquement à celle de la faïence.

Les verreries de Givors et de Rive-de-Gier, unies, pour la plupart en un trust puissant,augmentèrent considérablement leur production,grâce surtout à l'adoption des fours à bassin pour la fusion du verre.


Dans la seule année 1861 , Rive-de-Gier livra 35 millions de bouteilles et 13.000 mètres carrés de verres à vitres.


Le milieu du xixe siècle vit l'agonie de la fabrique de ruban à Saint-Chamond et son.remplacement définitif par celle des lacets considérée comme plus avantageuse. La main-d'œuvre experte de la rubannerie s'adapta sans difficulté à la nouvelle fabrication. En 1853, on réussit à confectionner un lacet de soie très serré que l'on appela «tresseorgansin». Ce fut une révolution et le point de départ des améliorations de l'outillage mécanique. Les traités de comrnerce de 1860 réduisirent beaucoup les droits d'entrée en France sur, les fils de laine de; Bradford; aussitôt Saint-Chamond se mit à; fabriquer, la « tresse alpaga » qui fit doubler le nombre des fuseaux employés. Là production des lacets passa de 4 millions de francs en 1849 à 7 millions en: 1862.


La période : 1841 - 1866 a donc été, pour toutes les branches de l'activité, une période d'accroissement formidable qui .transforma complètement le bassin du Gier et qui permet d'expliquer les fortes variations de la densité du peuplement.


Période de 1866 à 1926.

De 1866 à 1926, la population du bassin du Gier n'a augmenté que de 21.044 habitants: La croissance a donc été beaucoup moins rapide pendant ces 60 années que pendant les 25 qui s'étaient écoulées de 1841 à 1866, comme on le voit par le: tableau suivant:


ANNEES Population totale 

1841 57.724

1866 94.142

1876 103.733

1896 101.926

1901 108.619

1911 109.655

1921 112.941

1926 115.186

L'accroissement a été rapide de 1866 à 1876, négatif de 1876 à 1896; il a repris depuis 1896, mais lentement. Cette évolution s'explique par des causes géographiques et économiques.


La production de la houille diminue régulièrement dans ta vallée du Gier. En 1921, dans la partie occidentale (La Talaudière, Terrenoire, etc.), 181.338 tonnes ont été extraites par 1385 ouvriers ; dans la partie orientale (Saint-Chamond, Rive-de-Gier), 350.000 tonnes par 3.000 ouvriers.


Après 1866, la métallurgie de la Loire, approvisionnée par les minerais algériens, continua ses progrès en se spécialisant de plus en plus dans la production des aciers fins, et en exploitant les procédés Bessemer et Siemens. Terrenoire  acquit une sorte de suprématie dans les fers et tôles de qualité supérieure, et dans les aciers extra doux; bientôt vint s'y joindre le monopole des aciers sans soufflures fabriqués grâce à un secret jalousement gardé.

En 1880, Marrel et les Aciéries de la Marine abordèrent la fabrication des gros canons de marine en acier. Malheureusement une crise éclata bientôt, crise provoquée par l'application du procédé Thomas-Gilchrist, qui permettait d'utiliser les minerais phosphoreux de Lorraine et de Normandie. Dans la région de Saint-Etienne, comme dans tout le centre de la France, la métallurgie dut se transformer pour pouvoir lutter avec la métallurgie qui s'installait sur les minerais de Lorraine.


Terrenoire et Saint-Chamond renoncèrent à fabriquer des rails et réduisirent la production des fers marchands de qualité courante. Les installations Bessemer s'arrêtèrent l'une après l'autre;

Le trust des verreries formé en 1853 fut durement éprouvé par. la décadence du canal de Givors, l'épuisement des houillères de Rive-de-Gier, et surtout la concurrence d'autres centres. En 1864, Neuvesel, représentant du trust à Givors, y fonda pour son compte un; établissement rival. Puis arriva,le phylloxéra,e tl'Allemagne enleva nos débouchés à l'extérieur. Le trust dut liquider en 1888. De puis lors, la verrerie a dû lutter énergiquement pour se maintenir ;- elle a adopté un outillage moderne, en particulier les fours à gaz et à fusion continue. De même une évolution s'est produite dans le personnel ouvrier :jusqu'à la fin du xixe siècle ,les verriers avaient toujours constitué une corporation étroitement fermée et se recrutant dans les mêmes familles, et seul un long et dur apprentissage permettait de souffler habilement le. verre. Avec la fabrication, mécanique, au contraire, l'apprentissage est devenu facile et on y admet des enfants de familles étrangères à la corporation.

En 1912, la verrerie occupait 2.000 ouvriers à.Rive-de-Gier à elle seule, l'usine Richarme, qui en avait 1:200; produisait 30 millions de bouteilles par an. Mais, en 1922, l'adoption presque générale des machines a fait descendre jusqu'à 1.200 le chiffre total des effectifs. A Givors, il existait en 1922 trois verreries; avec près de. 800 ouvriers.

Les grands traits de l'histoire économique du bassin du Gier, tels qu'ils viennent d'être exposés, permnettent d'expliquer. les changements survenus de 1866 à 1926 dans la densité de la population;


Les : années 1866 1876 correspondent à la dernière période de grande prospérité connue par la métallurgie de la Loire. La croissance continue, mais moins rapide qu'avant 1866. Le bassin du Gier gagne 9.591 habitants, et sa densité augmente de 23,51.


Puis vient, avec la période 1876-1896 la grande crise métallurgique provoquée par la découverte du procédé Thomas-Gilchrist. Pour, la première fois, le bassin perd; près de 2.000 habitants. La. partie.orientale en-particulier se dépeuple et pour la première', fois aussi on voit apparaître des densités inférieures à 35 (Echalas; Longes, Saint-Martin: de Cornas). Mais la partie occidentale, de son' côté; marque un fort ralentissement de son essor. La concurrence de la mettalurgie  lorraine.....

 

 extrait de Le Mouvement de Population du Bassin du Gier, de H Vaganay, 1926