Enquête 4e volet : la Mine de Rochebelle sous l'Occupation

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Rappel du contexte

Mon Grand-père, Laurent DAVID, a dirigé la Sté des Houillères de Rochebelle, à Alès de 1930 à 1944, donc pendant la guerre. Lui, le fils d'ouvrier, il a pu diriger pendant 15 ans une entreprise de 3500 salariés. Il aurait évité à 200 jeunes français le STO. Il aurait aidé à nourrir les ouvriers de la Mine. Il a été lynché et quasi exécuté par les maquis FTP (communistes) à la Libération, et pas les autres patrons de Mines. Pourquoi ? 70 ans après, Je mène l’enquête.

 

Synthèse de ce 4ème Volet de l’enquête

Gérer une mine de charbon sous l'occupation consistait à : 

  • Gérer un outil industriel vieillissant (dix années de crise économique profonde avait causé un retard important dans les investissements productifs)
  • Se remettre à peine d’une crise sociale sans précédent (le Front Populaire a laissé des traces)
  • Se remettre à peine d’une refonte du temps de travail (le passage a la semaine de 40 heures)
  • Chercher à résoudre des problèmes d'approvisionnement dans un contexte de pénurie organisée par l’occupant
  • Surmonter une pénurie de main d'oeuvre qualifiée (mobilisation, prisonniers, prélèvements croissants de main d'oeuvre par l'occupant),
  • Surmonter une forte dégradation du rendement des équipes  du fait de la malnutrition causée par les pénuries alimentaires
  • dans un contexte d'inflation très forte avec un contrôle des prix draconien (difficile d’augmenter les prix)
  • avec un taux d'absentéisme qui a explosé à partir de mi-43. 

 

La courbe de l'inflation sur la période donne des indices de ce contexte économique:


L'étude des Compte rendus d'Assemblées générales soulèvent trois pistes sur les causes possibles des différents de Laurent DAVID avec les communistes :

  • les problèmes de ravitaillement (les FTP voulaient des pommes de terre et des vêtements)
  • la lutte contre l'absentéisme (la mine a entrepris des actions pour lutter contre l'absentéisme, certaines de ces actions n'ont sans doute pas été du goût des FTP)
  • l'attentat de juin 1944 (des mesures ont sans doute été prises pour rechercher les artisans de cette opération, et pour prévenir de futures actions).

 

Conseil d'Administration de la Mine

Le conseil d'administration  est présidé par la famille Descours et Cabaud, industriels lyonnais dans la metallurgie. Le Président en est Raoul BAGUENAULT de PUCHESSE (1876-1945) (Président de Descours et Cabaud), , et Georges DESCOURS (1889-1964) est également membre du conseil.

Charles DESTIVAL (1866-1943) dirige une mine de charbon a Epinac (71).

Jean SIEGLER (1877-1965, ingénieur des Mines),

Marius FLECHET (Industriel, fabricant de produits réfractaires),

Lucien FRACHON (1896-1941)(dirigeant verrerie Neuvesel, devenu BSN : le grand père de ce Frachon a eu comme ouvrier le grand père de Laurent DAVID),

Gérard VERNES (négoce de combustibles ?), 

Pierre AYNARD.

André PIGEOT (Dirigeant des Mines de Charbon de MONTRAMBERT dans la Loire, Ricamarie)

Augustin RICHARD du MONTELLIER (1875-1964),Banquier,  fondé de pouvoir du Crédit Lyonnais à Lyon

 

La Mine en 1939-1940

L'exercice social 1940 a duré 16 mois, du 1er septembre 39 au 31 déc 1940. Le procès verbal de l'Assemblée du 23 juin 1941 place l'exercice 1940 sous l'égide de "L'oeuvre du redressement national, à laquelle nous avons été conviés par M. le Maréchal de France, Chef de l'Etat Français." La production a atteint 881.400 Tonnes (689.500 pour 1940 et 181.900 de sept à décembre 1939), ce qui est considérable. Il faut dire que la durée du travail avait été portée à 8h45 par jour et 6 jours par semaine soit 52h30 par semaine bien loin des 40 heures du Front Populaire. 

Donc malgré la mobilisation (chute des effectifs), malgré les difficultés d'approvisionnement, malgré le désordre lié à la défaite, la production n'a jamais été aussi élevée aux Houillères de Rochebelle. Il faut dire que la distribution des charbons a echappé à la mine dès le début des hostilités, assurée par un service de répartition.

La loi sur les sociétés du 16 novembre 1940 organisant une nouvelle  répartition des rôles executifs, cette assemblée ratifie la nomination de Laurent DAVID, Directeur depuis 1930, en tant que DIrecteur Général.

L'Assemblée se conclut par un vibrant hommage pour les ouvriers morts pour la patrie.

Consultez le Procès Verbal de l'Assemblée Générale du 23 Juin 1941

 

La Mine en 1941 

"Dans notre France appauvrie, privée d'une grande partie de ses ressources, notre effort se poursuit sous le symbole du relevement national si magnifiquement incarné dans la personne du Chef de l'Etat." Manque de matières premières, diminution des effectifs, embauchage insuffisant. La baisse du rendement est due principalement à un ravitaillement insuffisant. "Nous avons obtenu de distribuer directement à nos ouvriers certains suppléments de denrées alimentaires notamment en viande, poisson, légumes divers, fromages, etc... Ces efforts seront continués."

Nous n'avons extrait que 623.970 tonnes en 1941 contre 689.500 tonnes en 1940. La durée du travail a été maintenue a 52h30 par semaine, avec un effectif de 3633 (en baisse par rapport a 1940 avec 3.715.

Forte hausse des prix de revient, hausse des salaires, blocage des prix. Conditions difficiles.

 Consultez le Procès Verbal de l'Assemblée Générale du 30 Juin 1942

 

La Mine en 1942 

Aggravation des difficultés (ravitaillement insuffisant, pénurie croissante des approvisionnements en matière première,, réduction inquiétante de l'activité de notre personnel). 

Les effectifs ont été ramenés a 3.510 ouvriers. Difficultés croissantes à recruter des mineurs en afrique du nord et impossibilité de fidéliser ces ouvriers (à peine arrivés, ils sont débauchés par des secteurs plus "faciles"). Fort absentéisme lié aux problèmes de ravitaillement et chute de la productivité horaire de 10% pour les mêmes raisons. "Nous ferons tous les efforts nécessaires pour améliorer, avec le concours des pouvoirs publics, le ravitaillement de nos ouvriers mineurs." Ce résultat atteint, nous poursuivrons inlassablement notre lutte contre l'absentéisme et la restriction volontaire de l'effort de chantier.

L'extraction est tombée a 563.200 tonnes contre 623.970 en 1941.

"Dès que les circonstances le permettront, nous avons décidé de réaliser un vaste programme de maisons ouvrières, et qui doit avoir pour résultat de donner plus de stabilité à notre main d'oeuvre."

 Consultez le Procès Verbal de l'Assemblée Générale du 25 Mai 1943

 

La Mine en 1943 

"Les conditions générales restent défavorables. Ni le ravitaillement de notre personnel, ni les approvisionnements nécessaires à la marche de notre exploitation ne peuvent être convenablement assurés et la crise des transports qui est devenue plus aigüe au cours des derniers mois n'est pas de nature à les faciliter. Le recrutement a été très difficile, et nous avons perdu de nombreuses unités cherchant ailleurs, et le plus souvent de manière clandestine, une occupation qui leur paraissait plus avantageuse. "

Les embauchages de jeunes ouvriers astreints au STO ont permis de relever l'effectif, mais le résultat n'a pas répondu à nos espérances et l'emploi de cette main d'oeuvre inadaptée est responsable pour une bonne part de la baisse constatée dans le rendement. Les absences, déjà nombreuses ont encore augmenté pour des causes diverses: défaut de ravitaillement, de pneumatiques, déficiences physiques. Diverses mesures ont été prises pour en réduire l'importance mais les résultats ne sont pas encore pleinement apparus.

L'extraction est tombée a 438.000 tonnes contre 563.200 en 1942.

"La desserte par le chemin de fer est devenue beaucoup plus irrégulière. Elle nous oblige fréquemment à stocker une partie de la production."

Les prix de revient ont encore augmenté, de même que les salaires alors que les prix de vente n'ont pas suivi.

 Consultez le Procès Verbal de l'Assemblée Générale du 30 Mai 1944

 

La Mine en 1944 

"L'exercice a été marqué, après de dures épreuves, par la Libération de la France et c'est une immense satisfaction.... Pourquoi faut-il qu'à la joie que nous goûtions soit venue se mêler l'amertume causée par une décision que rien ne justifiait et qui parait avoir été prise sur le plan idéologique sans qu'on ait su à l'origine en mesurer toutes les conséquences.... ?

Nous voulons parler de la réquisition de notre exploitation."

 

L'exercice se divise en deux parties : jusqu'au 30 septembre, difficultés sans nom marquées  par une chute sensible du rendement, désagrégation continue des effectifs, approvisionnements de plus en plus rares et de plus en plus chers. Après le 30 septembre,......

Au début de l'année, l'effectif nominal était de 3.745 unités. Nous disons "nominal" car en réalité beaucoup d'ouvriers inscrits sur nos registres ne travaillaient pas mais figuraient parmi ceux qui étaient venus à la Mine au titre du service obligatoire, afin de se mettre à l'abri pour l'allemagne. Au 10 septembre, l'effectif était tombé à 2578. 

Le tonnage extrait était de 242.000 tonnes contre 438.000 en 1943. La division de Rochebelle a souffert davantage que celle de Fontanes à la suite d'une opération effectuée par la Résistance sur la machine d'extraction du puits Sainte-Marie qui a eu pour résultat de mettre hors service la machine électrique pendant plusieurs mois et de l'obliger ensuite, après réparation sommaire, à marcher à puissance réduite.

"Les troubles importants qui se sont produits dans le service des chemins de fer, tant à la suite de l'activité de la Résistance que des bombardements aériens, nous ont fréquemment obligés à stocker une partie de la production."

"La dégradation du rendement, la baisse d'extraction, le renchérissement des matières premières ont entrainé une augmentation du prix de revient qui n'a été compensée.. ni par un relèvement du prix de la houille, ni par une augmentation suffisante de l'indemnité compensatrice."

Consultez le Procès Verbal de l'Assemblée Générale du 25 Septembre 1944

Consultez le Procès Verbal de l'Assemblée Générale du 12 Février 1946