MIELLIN sur la commune de SERVANCE la pépinière des verriers en 1770

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Depuis le XVIIIe siècle, les verreries qui desservent la vallée du Rhône (Lyon, Marseille, Méditerrannée) trouvent leur origine en Franche Comté, qui dispose de vaste ressources forestières et des ouvriers très qualifiés. Ce sont des verriers de Franche Comté qui ont assuré l’essor des industries du verre au XIXème siècle entre Lyon et Saint Etienne. Et parmi ces verreries, une a tenu une place particulière, Mielin, par la qualité de ses techniques qui ont influencé toute l’industrie française.

 

Les Origines : des verriers catholiques de Forêt Noire et de Suisse

 

En effet, une importante verrerie a vu le jour en 1695 à Miellin-Servance. Ses fondateurs étaient tous originaires du berceau des industries verrières dans la région, l’arrière pays de Bâle en Suisse et dans le sud de l’alsace, surtout LOBSCHEZ, RAEDERSDORF, LIGSDORF et LUCELLE. Cinq raisons à l'essor des verreries à cet endroit là à ce moment là avec cette main d'œuvre là :

  • faire venir des colons politiquement acceptables :  la Franche Comté avait été ravagée par 10 ans de guerre impitoyable puis par la conquête française. 70% de la population a été décimée, en particulier dans les zones forestières isolées. IL fallait faire venir des colons catholiques, travailleurs qui puissent se fixer et repeupler la zone. Les verriers de forêt noire et de Suisse étaient la cible idéale.

  • Augmenter le revenu foncier : Les grands propriétaires terriens de l'époque, en général des Abbayes ou des Eveques, n avaient que peu de solutions pour rentabiliser leurs forêts : des scieries, des forges ou des verreries. Sans minerai de fer, et avec des scieries déjà en place, il ne restait que les verreries qui allait en plus déboiser donc livrer ensuite à l'agriculture des terres valorisables. Tout bénéf.

  • Enrichir le pays : une verrerie faisait vivre de 50 à 100 personnes.

  • Ces verriers ne demandaient qu'à venir en France : Les verriers n'étaient pas appréciés dans la société germanique car les contrats d'exploitation de forêt étaient sur des dures assez courte : au bout de 15 a 20 ans,  la forêt était saccagée, les verriers devaient repartir. Avant leur migration, ces mêmes verriers opéraient dans des régions beaucoup plus peuplées où les verriers étaient très mal vus (ils saccageaient la forêt, ne payaient aucun impôt, vivaient  comme des sauvages,  étaient considérés comme des nomades dans une économie agricole sédentaire).

  • Diminuer les taxes : la France était à cette époque riche et peuplée. La conquête de la France Comté par LOuis XIV en 1674 a maintenu ce territoire en dehors de l'union douanière des 5 fermes (des fermiers généraux). Il fallait payer des droits de douane pour se rendre à Lyon ou Paris, mais ces droits étaient minimes, très inférieurs à ceux payés de suisse a Lyon ou d'allemagne à Lyon . Quitte à fabriquer du verre pour le vendre à Lyon, il vallait mieux mettre son usine en France Comté que la laisser à Montbéliard ou en Suisse.

Donc ces verriers qui maîtrisaient des techniques de production révolutionnaires (qui permettaient en particulier de faire des vitres 6 fois plus grande, quasi parfaites) sont partis à la conquête de l'ouest. Première étape dans cette immigration d’ouvriers très qualifiés, la fondation de la verrerie de CHATEY en 1682 entre Bâle et le Doubs sans franchir la rivière du Doubs. Puis seconde étape, la fermeture de LOBSCHEZ avec deux groupes qui se forment et franchissent le Doubs pour s’installer en Franche Comté , à la CABORDE et à BIEF D ETOZ.

Troisième étape, juste avant 1700, l’installation dans les Vosges Comtoises avec RONCHAMPS, SAINT ANTOINE, VIEILLE HUTTE et MIELLIN. Vous l'avez compris, la famille est passée par Miellin donc nous allons passer sous silence l'importance de ses sœurs.

 

Que venaient faire nos ancêtres paysans à Miellin ?

 

Je vous remercie d'avoir posé la question.il sur la vue satellite permet de saisir que Ramonchamps  est a 12 km de Miellin. Ramonchamps, c'est le berceau familial depuis au moins 5 générations, Dominique alias Demenge DAVID étant né en 1616 à Ramonchamps, et Amédée la cinquième génération de David répertorié dans le secteur. Amédée est né au Thillot, aussi sur le plan. Amédée est le fondateur de la dynastie des verriers David dits "de Servance". IL était cultivateur et ouvrier verrier.

A cette époque, Miellin tournait 4 ou 5 mois par an car l'été, la main d'œuvre était réquisitionnée par les champs, et le reste du temps, il fallait reconstruire le four toutes les 4 a 8 semaines et cela prenait 3 a 4 semaines. Donc on était verrier et autre chose. Il a sans doute été "gamin" à Miellin pour se spécialiser dans l'étendage de verre à vitre et transmettre son savoir à certains de ses enfants. Amédée est né au Thillot (sur la carte, cela le rapproche de Miellin en fait). La ligne en zig zag qui traverse la carte, c'est la frontière entre les Vosges et la Haute Saône. Cette région avenante au climat très accueillant est le toit de Haute Saône, on est juste à côté du Ballon de Servance qui culmine à 1216 m.

 

On voit bien que Miellin est au milieu de nulle part, même encore aujourd'hui. La Verrerie est à une altitude de 573 m, alors que le Thillot est à 500 m et Ramonchamps 465 m. La vie en hiver devait y être un peu spartiate...

 

Donc création de Miellin par des colons germaniques

Cette maison forestière, à Miellin, serait un vestige d'une maison de Maître verrier et des annexes pour ses ouvriers, gamins et grands gamins.

 La place de MIELLIN est à part dans ces « repousses » issues de la maison-mère, LOBSCHEZ , à la fois par la durée de vie de la verrerie (140 ans avec de petites interruptions), la quantité de verre produite , par la qualité de ses produits sur le marché Lyonnais et surtout par son statut de pépinière de Maître verriers. Miellin a créé à partir de 1750 les conditions d’un essaimage de ces verriers comtois dans toute la vallée du Rhône.

La Verrerie a fermé ses portes en 1836 mais ses actionnaires successifs et leurs enfants (les Schmid, les Robichon, les Raspillaire, les Bolot, les Lanoir) deviendront les acteurs majeurs de cette industrie à Givors et Rive de Gier jusqu’en 1860 et l’arrivée des ingénieurs et d es capitaux..

 

Et la famille à Miellin, alors ?

Traces laissées par la famille à Mielin : de 1743 a 179X ?

  • Les DAVID étaient des agriculteurs au Tillot et à Ramonchamps, a 10km de Mielin depuis au moins 4 générations. Amédée DAVID , né en 1733, s’est marié en 1757 à Servance/Mielin. Ses 11 enfants sont tous nés a Servance entre 1757 et 1789. Il était cultivateur et verrier. Les verreries recrutaient leurs manœuvres à 10 ans avant de les former. Nous pouvons formuler l’hypothèse qu’Amédée travaillait à Miélin depuis 1743…
  • LE 1er mai 1798, Jean Pierre et son frère Jean Claude sont a Saint Berain sur Dheune près de Montceau les Mines. EN 1799, Le fils de Jean Pierre, Jean Antoine nait à Lyon. LE 22/09/1797 son neveu Jean Pierre fils de Jean Baptiste nait a Saint Berain.
  • En janvier 1791, la famille y était encore à la mort de Claude Joseph, 11ème enfant d’Amédée.

 

A cette période, l'histoire a gardé trace d'une grande famine en France Comté au début de la révolution. On peut supposer que la verrerie se serrait arrêtée  du fait des troubles révolutionnaire. Amédée serait resté, ses trois fils Jean Pierre, Jean Claude et Jean Baptiste seraient partis vers le sud. Ce qui pourrait expliquer la migration familiale, attirée par de meilleures conditions de vie.

 

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