Enquête 3ème volet : les Entreprises du Gard sous l'Occupation

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Rappel du contexte

Mon Grand-père, Laurent DAVID, a dirigé une grande entreprise à Alès pendant la guerre, les Houillères de Rochebelle. Il aurait évité à 200 jeunes français le STO. Il aurait aidé à nourrir les ouvriers de la Mine. Il a été lynché et quasi exécuté par les maquis FTP (communistes) à la Libération, et pas les 5 autres patrons de Mines du Bassin d'Alès. Pourquoi ? 70 ans après, Je mène l’enquête.

 

Synthèse de ce volet sur la vie des entreprises à Alès

Aux pénuries de personnel qualifié s'ajoutaient les rationnement de toute sorte, le manque de nourriture pour les mineurs et les pressions exercées par l'occupant et Vichy pour produire toujours plus : à cela il fallait rajouter les réquisitions opérées par la Résistance à partir de 1943. Je note cependant que malgré la forte demande en charbon des autorités, la mine de Laurent DAVID a vu sa production chuter de 18,3% entre 40 et 42 là où les autres Mines d'Alès ont augmenté leur production. Je ne peux dire à ce stade si c'était délibéré, ou seulement la conséquence des multiples formes de pénuries. UN complément d'enquête sur les Mines de la Grand'Combe et de Bessèges à la même époque permettront de tirer un enseignement de ces chiffres.

 

Organisation de l'économie française à partir de Juin 1940

La victoire est arrivée tellement vite en juin 1940 que l'Occupant a du prendre de nombreuses décisions "à chaud" dont celle de savoir comment organiser l'économie française. A la ligne dite "de Goering", qui visait un pillage pur et simple de la France, ce sont les partisans de la ligne dite "de Ribbentrop" qui l'ont emporté avec une économie dirigée fondée sur la pénurie généralisée; Dans ce système économique, l'offre n'est pas dictée par le marché, la demande mais  en amont par la fourniture ou non d'énergie et de matière première. Et ce sont les allemands qui ont contrôlé dès le départ les matières premières et l'énergie. Le charbon était une source essentielle d'énergie. Donc ce sont les allemands qui décidaient de ce que la mine devait faire avec son charbon, et à quel prix elle allait le vendre. ON n'est plus au stade de la "collaboration", on execute les consignes de l'occupant. (d'après : La Vie des Entreprises sous l'occupation, Edition BELIN, Beltrand/Frank/Rousso).

 

Le Bassin d'emploi industriel d'Alès 

"En 1939, le Gard demeure un bastion de l'industrie Languedocienne grâce au complexe industriel d'Alès formé à partir du charbon, de la métallurgie et de la chimie.(1)" Les mines emploient 16.000 ouvriers et produisent 2,5 millions de tonnes de charbon, la métallurgie 3.000 ouvriers, et la chimie 1000 ouvriers.

 

Une pénurie de main-d'oeuvre

Ce bassin industriel est d'abord affecté par une forte pénurie de main d'oeuvre liée à la mobilisation (les mines perdent un cinquième de leurs effectifs) que ne viennent pas compenser la forte augmentation du nombre de réfugiés issus de la zone occupée. Mais la désorganisation liée à l'économie de guerre puis à la débâcle créent de multiples pénuries (brai, carburant, bois, huiles, pièces de rechange etc.). C'est ainsi qu'à cause de ces pénuries, en 1939, la production de houille du Bassin des Cévennes chute de 23% à 1,87 millions de tonnes. Et l'afflux de réfugiés en 1940 permet de retrouver les effectifs d'avant guerre, voire d'employer 10 à 15% de mineurs en plus mais avec une productivité plus faible. La production remonte à 2,2 millions de tonnes en 1940, 41 et 42 puis retombe a 2 millions en 1943 et 1,58 millions de tonnes en 1944. L'occupant n'hésite pas à réquisitionner du personnel qualifié pour des entreprises jugées prioritaires telles que des mines en Pologne, ou d'autres entreprises liées à l'armement. Et le débarquement allié en afrique du nord tarit le renouvellement de la main d'oeuvre nord africaine.  En dehors des Mines, le STO a fait des ravages. Dans les mines au contraire, exemptes de STO, la part d'ouvriers français a  augmenté passant de 78% des effectifs en 43 à 84% en 1944 (ce qui a permis de préserver au moins 600 jeunes français du STO). L'absentéisme des ouvriers a partir de 1943 a également désorganisé la production.

 

Les autres pénuries pénalisent la production


Avant ou après l'occupation de la "zone libre", les pénuries de toute sorte désorganisent la production. Les mines sont indépendantes au plan de la production d'électricité mais tout le reste est rationné. Huile, essence, bois. Les pièces de caoutchouc usées sont recyclées en pneus de vélos ou permettent de réparer les chaussures des mineurs. Les rationnement alimentaires ne suffisent plus à nourrir les mineurs. Les mines doivent proposer aux mineurs des compléments de nourriture.

 

Un peu de résistance passive ?


L'ouvrage "La vie des Entreprises sou l'occupation" site le cas de la Sté des Houillères de Rochebelle qui lance en 1941 un programme d'investissement visant à porter la production en 1941 de 689.000 T à 900.000 T de houille. Pourtant la production baisse à 624.000 tonnes en 1941 et 563.200 Tonnes en 1942 (soit une baisse de 18,3% en deux ans alors que le bassin houillier des cévennes a eu une production constante de 2,2 millions de tonnes de 1940 a 1942 : il a donc fallu que d'autres mines produisent plus sur la même période sur le Bassin des Cévennes).  Nous ne savons pas si cette baisse résulte d'une forme de résistance passive (exploiter des couches moins riches) ou d'une chute de la productivité.

 

Les actions de la résistance auprès des entreprises


Plusieurs sabotages furent réalisés en 1943 (Mines de la Grand Combe) et juin 1944 (Mines de Rochebelle). Des témoignages de cette période suggèrent que les mines étaient mises à contribution pour les explosifs, les carburants, les vêtements de travail et les locaux désaffectés dans l'arrière pays (centre aérés, colonies de vacances, etc.). Nous ne disposons d'aucun témoignage sur les "contributions forcées" réquisitionnées par des groupes de résistants ni sur la concurrence que se livraient les groupes de résistants pour leurs approvisionnements. Le seul indice dont nous disposons est que la population des mines a fortement baissé en 1944 : les 3745 ouvriers de Rochebelle ne sont plus que 2578 à fin septembre. Une partie de ces anciens salariés se sont sans doute réfugiés dans le maquis, pour une part d'entre eux aux derniers jours avant la Libération. 

 

 

(1)Source :  La Vie des Entreprises sous l'occupation, Edition BELIN, Beltrand/Frank/Rousso