Le Scandale de la Colonne SCHNEIDER

 

Contexte 

Ce site est consacré à la famille David-Dubois, et plus particulièrement à mes grands-parents (Laurent DAVID et Jeanne DUBOIS). Laurent était fils d’ouvrier, mais grâce à une réussite professionnelle exemplaire, il a dirigé pendant 14 ans la mine de Rochebelle, à Alès. Et durant l’occupation puis à la libération, il a résisté aux Communistes. Qui l’ont épuré sauvagement. Cet article relate un chapitre oublié de la Libération, l’épopée de la Colonne Schneider.

Robert DAVID, mon père, a été réfractaire/résistant dans le Cantal (chantier du barrage de l'Aigle), puis a fait partie de la Colonne SCHNEIDER pour rejoindre Autun à pieds puis suivre l'armée de Lattre en Alsace.  Lorsque les maquisards de la Colonne Schneider ont été incorporés dans l'armée entre novembre 44 et janvier 45, il a préféré être démobilisé.

Pour en revenir à la Colonne SCHNEIDER, le sud de la France était devenu une poudrière avec les anciens maquisards communistes et les apolitiques qui étaient prêts à la guerre civile. A l'initiative d'Alger, une colonne a été formée pour emmener les FFI au combat et désarmer les campagnes..... C'est devenu un vrai scandale car les maquisards communistes, dans leur grande majorité, sont restés sur place... Récit de cette épopée où la naïveté de certains l'a disputé au machiavélisme de bien d'autres.

 

La genèse de cette Colonne Schneider 

A Alger, SOUSTELLE pensait qu'il fallait agir vite. De GAULLE était parti pour Paris ; d'ASTIER, commissaire à l'intérieur, était absent ; le reste du gouvernement était indécis.

SOUSTELLE convainquit Pierre BLOCH et André PHILIP commissaires du gouvernement comme lui, qui signèrent les ordres de mission de Maurice CHEVANCE, de partir pour Toulouse. Ils y atterrirent le 25 août en fin de matinée. Il était temps, car la veille il avait été répandue en ville des affiches signées du Colonel RAVANEL, d'obédience communiste, commandant les F.F.I. de la région de Toulouse, qui décidait la dissolution des Gardes Mobiles et des G.M.R. et donnait « tous pouvoirs pour maintenir l'ordre » au commandant GEORGES, chef départemental des FFI du Lot, (essentiellement des FTP communistes).

Il leur restait à manoeuvrer vite et habilement. L'Armée d'Afrique, occupée à garder le contact avec les Allemands, négligeait le Sud-Ouest puisqu'il était libéré. Il n'y avait qu'une alternative :

- Ou bien le début d'une guerre politique armée entre Français, les uns FTP, soutenus par les guérilleros Espagnols et les troupes fraîches enrôlées en vitesse dans des milices patriotiques récemment créées qui voulaient tout de suite une révolution de gauche, les autres FFI non communistes, restant fidèles au G.P.R.F.

- Ou bien l'union de tous les FFI, contre l'ennemi commun qui était toujours là.

Mais comment dominer l'ensemble des F.F.I. et de leurs chefs pour leur imposer cette union ? Où trouver la source de l'autorité nécessaire aux deux colonels pour que leurs décisions soient indiscutables ?

De nouveau, les deux commissaires du Gouvernement, Pierre BLOCH et André PHILIP, sont de retour le 29 août à Toulouse porteurs d'instructions à l'adresse de Pierre BERTAUX, Commissaire de la République. Tout alla très vite, le 30 août, deux arrêtés sont pris qui règlent tout : il est créé un commandement des FFI de la zone Sud (R3, R4, R5, R6 et Bordeaux) qui est remis au capitaine CHEVANCE qui dès le lendemain est nommé Général de Brigade. Aussitôt, il signe l’ordre de mission de la Colonne SCHNEIDER, :

En vue d'assurer la participation des FFI de la zone sud à la poursuite des troupes allemandes en retraite, il est décidé d'organiser sans délai, dans chacune des régions R3, R4, R5 et éventuellement R6 et B1, une colonne mobile FFI. L'ensemble de ces colonnes devant constituer un Groupement aux ordres du Colonel SCHNEIDER.

La mission générale du groupement est de se porter par étapes le plus rapidement possible vers le nord, de manière à se trouver en mesure d'intervenir sur les flancs et les arrières des troupes allemandes qui tentent d'échapper à l'encerclement entre les armées du Nord-Ouest et celles remontant la vallée du Rhône.

 

Source : extrait de « Vers la Victoire » de René Giraudon.

Les Soldats de l’An 2 

L'armée, c'est d'abord le creuset de la République, donc la colonne SCHNEIDER avait en premier lieu une justification patriotique. A la révolution, la conscription de masse a permis au pouvoir révolutionnaire de défendre la patrie en danger puis de porter la guerre hors du sol national. A la libération, des responsables de la Résistance ont voulu retrouver cet élan démocratique et incorporer dans l’armée des régiments entiers de FFI pour épauler les troupes alliées dans la libération du territoire et la défaite de l’Allemagne. NI le gouvernement, ni les militaires de métiers n’étaient favorables à cette armée révolutionnaire, qui selon eux manquait de professionnalisme, mais ses avocats ont réussi à convaincre une parte des responsables à Alger de constituer une armée à partir des anciens de la résistance. C’est delà qu’est parti l’idée de Colonne SCHNEIDER, du nom du colonel Schneider en charme de commander cette unité.

 

Désarmer les maquisards 

Tous ces jeunes désoeuvrés avec un fusil entre les mains et une police/gendarmerie discréditée, c'était un vrai facteur de trouble et il n'existait pas beaucoup de solution pour désarmer les FFI...... L’occupant était parti, les maquisards faisaient la loi et les représailles ou les vengeances personnelles rendaient la situation explosive en particulier dans la zone Sud, de Toulouse à Montpellier. Donc cette initiative républicaine permettrait de réunir et mettre en marche les anciens des maquis et permettrait de désarmer les anciens maquisards et de rétablir partout la légalité républicaine. Du Guesclin avait emmené les « grandes compagnies » en Espagne et permis de pacifier les campagnes, SCHNEIDER ferait de même. Chois était laissé aux combattants FFI de rentrer chez eux ou de se couvrir de gloire.

Disposer de troupes auxiliaires

 

UN troisième facteur mis en avant par certains militaires, dont ZELLER, consistait à disposer de troupes auxiliaires à l’armée qui permettraient de « tenir les flancs » de l’armée française, de pacifier les territoires libérés, et de servir de vivier pour compléter les effectifs de l'armée, etc. bref d’accomplir les petits boulots pendant que les vrais soldats s’occuperaient des allemands.

 

Sauf les maquisards FTP 

Courant septembre, à Toulouse, Perpignan, Narbonne, Montpellier, Nîmes, Alès, les préparatifs pour équiper, armer, véhiculer la colonne SCHNEIDER sont fébriles, dans un grand sursaut de ferveur patriotique, pour aller libérer le territoire. Tous les FFI, les CFL (corps Francs), les FTP sont de la partie. Tous les maquisards ? Oui tous, sauf ceux qui décident de rentrer chez eux. De manière surprenante, tous les maquisards FTP ont demandé à rester chez eux. Dominique MAGNANT ? officier qui a commandé les FFI pour la Libération du Gard, et qui s’est vu confier le commandement du Bataillon des Cévennes, avance dans son ouvrage « Le Bataillon des Cévennes », une autre explication.

Les maquisards FTP ont été menacés de mort s’ils rejoignaient le bataillon des Cévennes à Alès. ET il en a peut-être été de même dans les autres villes. Une fois la Colonne SCHNEIDER en marche, fin septembre (regroupés en Bourgogne dans un premier temps), les autorités provisoires ont du se rendre à l’évidence. Les communistes en arme sont restés maîtres du terrain. La révolution populaire était en marche. Et les commissaires de la République, s'ils étaient "apolitique" n'avaient plus les moyens de faire règner l'ordre, et s'ils étaient communistes avaient les mains libres......

 

Le sud de la France vidé de ses maquisards apolitiques 

Grâce a cette colonne Schneider qui a vidé le sud de la France des FFI et CFL apolitiques, les maquisards communistes ont repris les armes et on fait règner leur loi. La situation est devenue tellement critique, à Toulouse en particulier que le Général de Gaulle a du se rendre sur place pour rétablir l’ordre. Les responsables de cette opération étaient au mieux des candides, au pire des sympathisants communistes, ils ont tous été sanctionnés par de Gaulle mais le mal était fait. Et les autres réduits communistes ont été reconquis peu à peu jusqu’en entre octobre 1944 et février 1945.

Grâce à la colonne SCHNEIDER.

 

Qu’est devenue la Colonne Schneider ? 

En fait, c’était un cadeau empoisonné pour l’armée car composée de 30.000 combattants au niveau de formation hétérogène, à la discipline discutable, à la condition physique inégale, à l’équipement insuffisant et surtout encadrés par des officiers sans expérience militaire probante qui avaient "gagné un galon par mois pendant six mois" (source D Magnant) et n'acceptaient pas d'être rétrogradés. La priorité de l’Armée d’Afrique n’était pas d’équiper une armée sans discipline mais d’utiliser ce vivier pour compléter les unités existantes à mesure des pertes subies face aux allemands.

Cette colonne Schneider a été laissée en jachère quelques mois le temps que son encadrement soit partiellement renouvelé, puis ses restes ont été incorporés progressivement dans l’armée ou leur conduite et leur bravoure ont été exemplaires. Ce fut en particulier le cas du Bataillon des Cevennes, qui comprenait fin septembre 570 hommes, commandés par D Maignant, incorporé dans une brigade du Languedoc forte de 4500 hommes au départ. Après 5 mois à ne rien faire, plus de la moitié (2500) des maquisards du Languedox ont renoncé à attendre et son rentrés chez eux sans avoir pu participer aux combats.

 

Et Laurent DAVID dans tout cela ? 

Fin août 1944, des maquisards FTP ont cherché à l’exécuter publiquement. IL a été sauvé du peloton d’execution par d’autres résistants ou des gendarmes, puis emmené à Lyon en attendant que la situation ne se calme. Et comme Alès est restée aux mains des communistes de fin septembre 1944 à début 1945, son exil à Lyon, provisoire, est devenu définitif.

Entre temps, la mine avait été réquisitionnée par le gouvernement provisoire et le Ministre des Mines n’était autre que Marcel PAUL, un responsable communiste. Mon grand-père ayant 60 ans, ils ont fait de la place aux jeunes…….

C’est sans doute la raison pour laquelle, quand son adjoint devenu son successeur a écrit ses mémoires de ces événements d’août 1944, il a écrit qu’il ne s’était rien passé à Alès à la Libération….