Enquête Cévenole 2nd volet : le Maquis Communiste

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Rappel du contexte

Mon Grand-père, Laurent DAVID, a dirigé une grande entreprise à Alès pendant la guerre, les Houillères de Rochebelle. Il aurait évité à 200 jeunes français le STO. IL aurait aidé à nourrir les ouvriers de la Mine. IL a été lynché et quasi exécuté par les maquis FTP (communistes) à la Libération, et pas les autres patrons de Mines. Pourquoi ? 70 ans après, Je mène l’enquête.

 

Synthèse de ce Second Volet de l’enquête

Les historiens font aujourd'hui la différence entre maquis et résistance. Les maquis ont permis à des fugitifs (réfractaires, travailleurs étrangers, militants communistes, juifs, etc.) de se cacher tout en bénéficiant d'un soutien croissant des populations rurales environnantes. Les résistants ont pris les armes et ont contribué à organiser les actions contre l'occupant. La résistance a été obligée de structurer et approvisionner les maquis. Il y a eu dans un second temps création de maquis résistants.  De nombreux témoignages suggèrent qu'à partir de 1943, les résistants communistes ont cherché à rééduquer les populations rurales tout en réquisitionnant vêtements, essence et nourriture. Le message est très mal passé auprès de ces populations, les paysans étaient trop souvent malmenés et traités de profiteurs de guerre.  Par ailleurs, l endoctrinement communiste des jeunes résistants, et le projet politique affiché pour la libération ne plaisait pas toujours aux populations. Les résistants communistes ont donc été conduits à assouplir leur position, ne serait ce que pour continuer a s'approvisionner. Mais jusqu'au bout, des groupes de résistants apolitiques et des habitants de zones rurales leur ont reproché leur double jeu.  

 

Des stratégies différentes dans la Résistance  

Il y a eu différents groupes résistants sur des mêmes territoires. Et pour déjouer l occupant, il a fallu a ces groupes se déplacer régulièrement quitte dans certains cas a se disputer des territoires ou des sources d approvisionnement. Assez vite cependant, un clivage s est formé entre les maquis dits FFI (en général reconnaissant l autorité de de Gaulle et du Conseil National de la Résistance), et les maquis FTP (communistes, qui participaient au CNR mais n appliquaient pas toujours ces directives sur le terrain). Avec dans le Gard et Le Languedoc, un contrôle du commandement FFI par des communistes convaincus et le refus des résistants apolitique d'obéir aux ordres des communistes.

Conséquence, dans le Gard, les communistes se jugeaient majoritaires donc avaient des positions plus dures que dans d autres régions.  Parmi les grandes divergences entre maquis nous avons noté les points suivants :

  • Quand attaquer l Occupant ? Le choix des FFI consistait a rester caché jusqu au jour du debarquement où les forces de la resistance devraient se soulever contre l occupant pour gener sa logistique. C etait la position du General de Gaulle. Le choix des FTP etait different, il fallait engager l ennemi dès que possible par des exactions d'éclat pour deux raisons : pour fixer des troupes en France (et soulager la pression en Russie) et pour frapper l opinion publique des villes et imposer le parti communiste comme première force d'opposition à l'occupant.
  • Quel recrutement pour la résistance : compte tenu de l'absence d'armes et des problèmes d'alimentation, ni les FFI ni les FTP ne voulaient voir grossir trop vite les effectifs résistants. Mais les maquis FTP endoctrinaient leurs troupes donc cherchaient des recrues si possible dans des univers où le discours communiste passait bien, cad dans le monde ouvrier.
  • quel programme à la Libération ? Le choix des FFI consistait à restaurer au plus  vite la  légalité     républicaine, et s'il fallait juger des collaborateurs, le faire dans le respect des droits de la défense et si possible a l'abris de réactions populaires locales exacerbées. Le programme des FTP consistaita créer  des milices populaires en charge de reprendre la gestion des affaires courantes et juger des crimes de guerre. Les Gaullistes voulaient absolument éviter ces formations de milices populaires et la priorité de la libération a consisté a désarmer ces milices une fois l'occupant chassé.
  • que penser des paysans propriétaires et des notables des villages et des villes : les FFI les voyaient soit comme des profiteurs de guerre qui collaboraient d une maniere ou d une autre, soit comme des relais essentiels pour approvisionner les maquis : dans le douté sauf quand la collaboration était indiscutable , ils les menageaient. A l'inverse, les FTP les voyaient comme des ennemis de classe et des collaborateurs qu on pouvait malmener pour la bonne cause.

 

La Résistance dans les Cévennes

 

On a surestimé après-coup l'impact militaire de la Résistance : Il n’y a pas Une histoire de France, il y en a plusieurs selon le point de vue de celui qui l'écrit. L’idéologie Gaulliste et Communiste se sont construites sur le mythe d’un pays résistant à l’occupant. Le communiste en tant que parti des 70.000 fusillés de la résistance (un historien américain en vue en a reconnu 350). Le Gaulliste quand Eisenhower a reconnu que la résistance française équivalait à six divisions.  Les historiens sont plus nuancés aujourd’hui sur l’impact militaire effectif de la résistance. Un anglais facétieux expliquait que les 150 principaux attentats commis par la résistance en France ont employé moins d'explosifs que n'en transportait un Mosquito (avion en Balsa qui pouvait transporter jusqu'à 900 kg de bombes). 

 

On a confondu Maquis et Résistance : La réalité historique vue par les historiens anglo-saxons de l’engagement résistant en France, c’était quelque héros peu nombreux, des tas de jeunes fuyant dès 1943 le travail forcé en allemagne plus un engagement tardif de populations en nombre croissant à partir du 7 juin 1944. Autant le "Maquis" constitue une réalité historique indéniable avec des centaines de milliers de fugitifs dès l'été 1943 nourris et vétus par les populations rurales dans un fantastique élan de solidarité, autant la Résistance sera resté un phénomène très restreint dans le temps et dans l'espace à l'exception de quelques zones bien précises (Vercors, etc.). Après-guerre, on associera le Maquis aux Groupes résistants, alors que les Maquis dans la très grande majorité des cas n'étaient pas armés.

 

Les communistes, en militant contre la guerre en 39/40, avaient aidé les nazis au départ : Ces mêmes historiens anglo-saxons rappellent qu’à l’entrée en guerre de la France en 1939-1940, la signature du Pacte Hitler-Staline a conduit des militants communistes a militer contre l’entrée en guerre. On a déploré en 1940 des actes de sabotage contre l’industrie de l’armement française du fait de résistants communistes. Pour ces raisons, les communistes n’étaient pas forcément légitimes en 1942 et 1943 aux yeux de la population pour incarner la défense de la patrie même si de nombreux militants communistes ont donné leur vie dans la résistance.

 

Principaux Maquis Cévenols : De nombreux fugitifs se sont cependant regroupés dans les Cévennes dès 1943 pour développer des actions de guérilla. L'histoire a conservé le nom d' Aigoual Cévennes (mars 43 - Aout 44), Lasalle (mi-juillet 43 - fusion en juillet 44 avec Souleirade dans Aigoual Cévennes), Mandagout (juillet 43 - août 44), Bir Hakeim (dec 43 - mai 44) et FTP Maquis du Serre.

 

En 1943, la police de Vichy avait une obsession : retrouver les réfractaires qui voulaient échapper au STO. Les groupes de résistants ont donc été obligés de se déplacer très régulièrement pour échapper aux rafles. Ces déplacement permanents (toutes les 4 a 6 semaines) ont conduit Vichy à surestimer le nombre de résistants, donc à confiner fin 1943 les forces de police dans les villes (elles n'osaient plus s'aventurer dans les maquis, persuadées que les résistants étaient partout). Dans la ville d'Alès, cependant, il y avait une garnison allemande en plus de la police de Vichy. On peut donc imaginer que les résistants étaient moins visibles dans Alès. Et que  le "refus" de payer l'impôt révolutionnaire exigé par les communistes y était plus facile. A la Grand Combe ou à Bessèges, les deux autres grandes Mines du bassin, dans des vallées étroites éloignées de la garnison d'Alès, il était certainement plus difficile aux entreprises minières de résister aux pressions des maquis.

 

Autre indice troublant, il y a eu un "casse" de la caisse de la Mine de ROchebelle le 6 juin 1944 (100.000 euro de l'époque), et une action de sabotage à Rochebelle le 21 juin 1944 mais pas dans les autres mines. Le seul autre attentat significatif reporté sur le bassin a eu lieu à la Grand Combe en 1943.

 

Mr X était résistant, lui

 

En Discutant avec le responsable d'un lieu de mémoire des Mines dans le bassin, il m'a été répondu "Nous ne trouvons pas trace de votre grand père mais M X (le patron d'une autre mine) a été en contact avec la résistance", je me suis intéressé à un autre volet de l'enquête : sur quels critères certains responsables ont sauvé leur job et pas d'autres en 1944 ? Peut-on imaginer que Laurent n'ait pas été en contact avec la résistance ?

 

Par ailleurs, je découvre avec surprise qu'en dépit d'u programme d'investissements importants en 1940 et 1941 suite à une augmentation de capital,  la Mine de Rochebelle a vu sa production baisser de 18% entre 1940 et 1942 malgré les injonctions de Vichy (Laurent a été convoqué chez Pucheu en 1942), alors que les autres mines du bassin d'Alès ont augmenté leur production sur la même période. Et alors que la Mine dirigée par ce Mr X a augmenté sa production pour les allemands en 1942....