La prise de pouvoir avortée des communistes

 

D’après « La Libération confisquée – Le languedoc 1944-1945 » de J.A. BAILLY chez Albin Michel

 

La « libération » d’Alès et Nîmes

Peu après le 15 août 1944, ordre est donné aux maquis d’engager dès que possible les forces allemandes en retraite pour les retarder. Comment expliquer qu’alors que les allemands transitent massivement par le Gard pour rejoindre la vallée du Rhône, 600 maquisards FTP vont occuper Alès puis Nîmes vidées de l’occupant et prononcent à Nîmes la levée en masse de Milices Populaires par réquisition de tous les hommes valides de 18 à 40 ans ? (source D Magnant et J.A. Bailly).

 

Le Flottement dans la chaine de commandement

Jacques Bounin,le Commissaire Régional de la République, en accord avec les responsables régionaux de la résistance (noyautés par les communistes), nomme trois communistes Commissaires de la République dans le Gard (Paganelli), l’Hérault (Weiss) et l’Aude (Augé). Ces commissaires de la République sont vus par la population comme des vice-rois en attendant le retour des autorités. Ils prennent des décisions (réquisitions, jugements de collaborateurs, participation des maquisards à la justice, organisation des forces de l’ordre) contraires aux décisions du commandant civil et militaire de la zone sud, le général Cochet.

Le général Cochet est le DMOS, le chef suprême civil et militaire pour la Zone Sud libérée. IL ne parvient pas à imposer son autorité aux commissaires de la République, à l’organisation FFI (noyautée par les communistes), aux militaires (De Lattre qui rêve de gloire, Zeller qui veut utiliser les FFI comme troupes auxiliaires). Ce flottement dans la chaîne de commandement se traduit par un désordre au niveau des autorités civiles (Commissaires de la Républiques + responsables FFI) dont les militaires refusent de se mêler. Conséquence, le désordre s’installe du fait de la multiplication des bandes armées plus ou moins labellisées FFI. Ils occupent les villes. Ils executent la « justice ». Ils deviennent gênants.

 

L’épopée de Bertin-Chevance et de la Colonne Schneider

C’est à Toulouse que se forme la colonne Schneider, destinée à entrainer les maquis dans l’armée régulière pour aller porter le combat en Allemagne. Cette colonne Schneider entrainera début septembre la majeure partie des maquis non-communistes du Sud Ouest vers le Nord. Seuls les maquis FTP sont restés en place. L’architecte de ce départ des résistants non communistes ? Chevance-Bertin, un des plus anciens militants de COMBAT. Communiste. IL profite de l’absence de de Gaulle a Alger fin août pour se faire nommer « Délégué Militaire du GOuvernemet en Zone Sud » et pour organiser ce hold-up et livrer ainsi Toulouse et le Gard aux mains des milices communistes rebaptisées Milices Patriotiques. De Gaulle est obligé de se rendre en personne à Toulouse pour mettre de l’ordre. Les trois membres de son état-major qui ont donné cette mission à Bertin-Chevance (d’Astier, Philip et Pierre-Bloch) sont limogés ainsi que Cochet . Toulouse rentre dans le rang, mais pas le Gard. 64 exécutions sommaires sont a déplorer à Nîmes début septembre. Ailleurs dans le département, chaque chef de guerre local, avecc sa milice patriotique, fera règner l’ordre et la justice à sa façon. 

 

L’illégalité délibérée des cours de justice

Jusqu’au 30 août 1945 (date de disparition des Commissaires de la République), les commissaires de la République de l’Hérault et du Gard ont continué à exercer la justice en contradiction flagrante avec les lois en vigueur et les décisions du gouvernement provisoire. Ces cours de justices, en particulier celles de Montpellier, seront déclarées illégales par une circulaire de la Chancellerie du 19 novembre 1945 (un an plus tard). Les condamnés ne seront pas réhabilités pour autant. Pourtant, cette justice de l’épuration aura fonctionné jusqu’en 1945…. Les policiers, les fonctionnaires, les entrepreneurs paieront un lourd tribu. Et les paysans et les entrepreneurs devront s’acquitter d’amendes importantes décidées souvent dans une complète opacité, et avec une utilisation des fonds tout aussi opaque.

  

De Gaulle siffle la fin de la récré

Alors que les FFI continuaient a recruter sur la région du Languedoc jusqu’en octobre 1944 dans l’optique d’incorporer dans l’armée des régiments FFI et des régiments d’armée de métier, les commissaires de la république, commencer par Jacques BOURNIN, Commissaire de la région, prend clairement le parti de la légalité puis parvient à récupérer le commandement FFI de la région puis le dissoudre. A partir d’octobre 1944, le pouvoir procède au désarmement progressif des Milices Patriotiques qui continuent à tenir la rue. Avant de rendre les armes, ces milices patriotiques executent de sang froid plusieurs « prévenus » à Béziers, puis à Alès, puis à Rodez afin d’exercer la justice populaire et de crainte que les cours de justice ne soient plus clémente. C’est en particulier le cas de l’ancien maire de la ville, Marcel Fragier, qui avait été gracié par la justice. Malgré dix sept executions en deux semaines, et malgré l’arrestation des coupables, ils seront tous grâciés en avril 1945.

ET ce n’est que fin janvier que le Parti Communiste Français, en la personne de son Secrétaire Maurice THOREZ, prend lui aussi le parti de la légalité républicaine en reconnaissant la dissolution de fait des Milices Patriotiques. Permettant aux autorités de reprendre le contrôle par la force des dernières casernes le 15 février. IL aura donc fallu 6 mois au gouvernement provisoire pour reprendre le contrôle des forces armées puis des leviers de décisions locaux et contraindre les communistes à rentrer dans le rang.