L'industrie du Verre au XVIIIe et XIXe siècle

 

1730 à 1925 : deux siècles de perfectionnement

 

Nos ancêtres n'étaient pas Maîtres Verriers à l'exception des THEBRE. La branche THEBRE descend de Souffleurs de verre, les THIEBER, originaires sans doute de Bohème à la fin du XVIIème siècle. Les DAVID en revanche sont verriers mais étendeurs de verre à Vitre, pas souffleurs. Pour être Maître Verrier, il fallait être souffleur ou éventuellement Fondeur.

Pour raconter l’histoire des maîtres verriers en France, il faut suivre pas à pas les progrès technologiques de l’industrie du verre, qui se résume en cinq grandes étapes :

  • LES PIONNIERS : avant 1650 : la première génération de Maîtres verriers, annoblis par les puissants pour les attirer sur leurs terres : le triomphe des verreries ambulantes (ou volantes) avec fours à bois et techniques de fabrication séculaires. Nos ancêtres n’appartiennent pas à cette catégorie.

  • L’ESSOR : entre 1650 et 1780 : la seconde génération de Maîtres verriers, capitalistes mais pas nobles, en général issus de Bohême, d’Allemagne ou de Suisse, maîtrisant un savoir-faire très spécialisé : les verreries se sédentarisent avec le triomphe des verreries alsaciennes puis de St Quirin dans la Vosge Lorraine et de Mielin dans la Vosge Franc-comtoise jusqu’à l’émergence du four à Charbon à Gisors dans le Rhône. Les techniques importées d’Allemagne permettent d’améliorer grandement la qualité et la quantité de production. Les THEBRE ont participé à la création de St Quirin, les DAVID sont des paysans entrés au service de verriers de Servance avant de devenir étendeurs de verre à vitre (ceux qui transforment le manchon produit par le souffleur en feuille de verre). Cette période se termine par le triomphe de Givors. Miellin fermera en 1822, et St Quirin périclitera au début XIXème puis sera rachetée pas Saint Gobain vers 1840.

  • L’APOGEE : Entre 1780 et 1875 : la troisième génération de Maîtres verriers, des ouvriers n’ayant pas accès au capital et très qualifiés, très bien payés et formant une communauté très soudée et voyageant facilement : cette période marque le triomphe de Rive de Gier dans la Loire, avec la généralisation du transport par canaux ou chemin de fer et la généralisation du four à charbon à la place du bois. Comme le charbon s'altérait très vite, il fallait produire le verre au pied des mines. EN 1830, Rive de Gier produisait 33% du charbon Français et peut être 15% du verre en France mais sans doute 40% du verre à vitre.

  • LE DECLIN : Entre 1875 et 1925 : les ouvriers spécialisés sont dillués par du recours à de la main d’œuvre moins qualifiés, les maîtres ouvriers et les étendeurs doivent se plier à des cadences toujours plus vives : début de la mécanisation de la fabrication du verre avec l’introduction du four à gaz permettant la production 24h sur 24, et surtout plus besoin de reconstruire le four toutes les dix semaines. On voit des ouvriers verriers changer de métier ou fuir vers le sud (Gard, Aveyron, Espagne) l’avènement de la machine. Les DAVID quittent la Loire pour le Gard, reviennent à Rive de Gier avant de descendre en Espagne.

  • La FIN : Après 1925 : les manœuvres remplacent les maîtres ouvrier et les étendeurs, les manufactures ont quasiment disparu au profit d’usines automatisées utilisant de la main d’œuvre peu qualifiée. C’est l’apogée du verre industriel avec BSN et Saint Gobain. Antoine DAVID, mon arrière grand père, prend sa retraite sans doute à la guerre de 14, son fils fait des études d’ingénieur et il n’y aura plus de verriers dans la famille.

 

Concrètement, quelle était l'activité de ces verriers ?

 

J'ai emprunté sur internet à Marília Schetrite, de "Verre et Matière", un formidable dessin qui explique tout de la technique de la fabrication de verre selon la méthode du Manchon.

 

Etape 1, un apprenti (le grand gamin) va cueillir un peu de verre dans le four et commence à souffler.

Etape 2 : le maître ouvrier verrier, le souffleur va faire passer par toute une série de gestes technique la première boule en un manchon en forme cylindrique.

Etape 3: l'étendeur de vitre scalpe les deux extrémités du manchon, fend le manchon dans la longueur pour en faire une feuille.

Etape 4 : la feuille est mise à sécher puis assemblée et emballée pour le transport.

 

Une image trouvée sur le site de l'amicale des retraités de Saint Gobain, et reproduite ci-dessous, donne une idée de l'activité des verriers. Jusqu'en 1860, 50% des ouvriers d'une verrerie à vitre étaient des enfants (les fils des ouvriers). Le souffleur travaillait par de fortes températures et devait boire jusqu'à 15 litres d'eau.

Mais l'étendeur travaillait aussi sous de fortes températures : Jean Pierre est mort a 44 ans, son fils Jean Antoine a 49 ans. Alors que l'espérance de vie d'un adulte était d'environ 60 ans à l'époque.

 

 

En quoi cette épopée familiale est-elle originale ?

 

Nos ancêtres THIEBER (Thèbre) et DAVID ont été là où il fallait être en 1730 (Saint Quirin-57 pour THIEBER, Miellin-70 pour les DAVID)),   en 1800 (Oullins près de Givors-69) et à partir de 1810 (Rive de Gier). Ils sont resté un siècle à Rive de Gier avant de fuir vers le sud. Rive de Gier, c’était la Silicon Valley de l’époque, 30% de la production de charbon et 40% de la production de verre à vitre. Un véritable eldorado avec logements décents, chauffage central vie sociale animée, et des salaires décents.

L'épopée de nos ancêtres verriers, c'est aussi l'impact de la révolution industrielle sur une famille de paysans sédentaires dont les descendants, en 5 générations vont connaître l'apogée puis le déclin des manufactures et l'émergence de l'industrie et de la machine.

Nous subissons aujourd'hui dans l'industrie les contre-coups de la mondialisation. Nos ancêtres dans cette épopée subissaient des événements comparables, avec moins d'amortisseurs sociaux. La période que nous traversons ne fait que répéter l'histoire.

 

Sources Bibliographiques

Voici des copies numériques de documents de l'époque (merci le livre numérique et Google Play) qui éclairent certains points soulevés dans cette notice :

 

Salaire des souffleurs de verre

Poème du verrier

Verrerie

Salaire et monopole d'embauche

Fabrication de verre à vitre

1834 Statistique industrie verre

Business familial verriers 

Conditions de travail