L’enquête

 Pourquoi Laurent DAVID, patron de la Mine de Rochebelle, a-t-il été lynché par les maquisards communistes en aout 44 à la libération d´Alès ?
 
 

Dans le Gard, il y avait en fait deux guerres en 1943-1944

 

De 1930 a 1944 (donc durant l'occupation), Laurent DAVID, mon Grand Père, a dirigé la Mine de Rochebelle malgré les rationnements, malgré la pénurie de main d’œuvre, malgré l’absentéisme, etc.. La Mine a pu épargner a 200 jeunes français de partir au STO en Allemagne. Elle a mis en culture de nombreux terrains propriété de la mine (on ne pouvait pas construire au-dessus des mines) en offrant les légumes aux familles d’ouvriers. 

 

Mais le Bassin Minier d’Alès était au cœur d’un autre combat, le conflit entre les maquis apolitiques et le maquis FTP (traduisez communiste). Et comme le maquis FTP recrutait principalement des ouvriers dans des villes, le secteur Alès La Grand’Combe et Bessèges était la « chasse gardée » du maquis FTP. Et comme le programme des communistes en 43-44 prévoyait la révolution à la Libération et la nationalisation de tas de choses (dont les Mines),  certains responsables FTP (ou communistes, ou syndicaux) ont bien évidemment cherché à interférer avec la direction de ces entreprises.  

 

A la Libération, sur six patrons de Mines du Bassin, un a fait de la prison, un a été assigné à résidence, et les quatre autres ont été maintenus en poste et reconnus comme des patriotes. A la Libération, Laurent a été lynché par des milices populaires et a échappé de peu au peloton d’exécution (il a été soit emprisonné, soit assigné à résidence, je ne sais pas encore) : conséquence, il n’a pas été reconduit dans ses fonctions de DG par les Milices Communistes. Quatre de ses collègues, sans doute plus accommodants, ont été maintenus en poste.

 

Je mène une enquête pour comprendre pourquoi :

  • Pourquoi il a été lynché
  • Pourquoi 4 autres Dirigeants ne l’ont pas été et ont été reconduits dans leurs fonctions
  • Comment aurait-il fallu se comporter pour être bien vu des communistes en août 44.

 

S’il y a, dans les archives de 43-44 ou dans les témoignages que je pourrais recueillir, des indices permettant de trouver des réponses à ces questions, je les publierai.

 

Les Indices avant enquête 

 

   Je vais au cours de mon enquête investiguer les points suivants :

  • Une histoire de ravitaillement ?  La Mine stockait de la nourriture pour ses ouvriers. Je vais étudier la comptabilité de la Mine pour voir si Rochebelle achetait de la nourriture, et je vais interroger des familles de mineurs et de maquisards pour savoir si le ravitaillement dont disposait la mine a été reservé aux mineurs et si le maquis FTP a cherché à saisir cette nourriture. Mon hypothèse ? Laurent  les a invités a revenir travailler dans la mine plutôt que de traîner dans le maquis. Il a préféré réserver la nourriture aux ouvriers.
  • La chasse aux communistes entre 1940 et 1943 ; les communistes, avec le pacte Hitler Staline, ont trahi la nation en 39 et ils ont lutté contre l'effort de guerre. Pour cette raison, le parti a été interdit en 39 (bien avant Vichy) et les responsables communistes traqués. Et comme les communistes fichaient leur adhérents, les autorités ont pu démanteler facilement le parti dans le Languedoc et arrêter de nombreux responsables.  Peut-être que Laurent DAVID n a pas facilité la vie de responsables communistes à cette période. Ses problèmes à la libération remonte sans doute à cette période.
  • Un ennemi de classe ? Laurent DAVID était fils d'ouvrier, boursier de la République, ingénieur des Mines de St Etienne, officier de la Grande Guerre. Il est devenu  à 46 ans Directeur Général d'une mine de 3500 salariés et il a sans doute eu les pires difficultés avec le syndicat communiste au Front Populaire. Je vais étudier les archives de la Mine pour voir si les événements de 36 peuvent expliquer un contentieux entre certains mineurs et Laurent.
  • Un bouc émissaire facile: il était catholique Maurassien et fils d'ouvrier : gageons que les notables huguenots du Gard n'ont pas trop élevé la voix pour prendre sa défense sachant que son adjoint et futur successeur était un bon bourgeois protestant, Mr X. Je vais étudier le profil des 6 patrons de mines d'Alès pour voir leur profil.
  • Des cambriolages en série : la mine c'est du carburant, des véhicules, des vêtements de travail, de l'argent liquide, des explosifs. Que disent les archives de ces chapardages réguliers ? Que dire du "casse" de 650.000 francs (équivalent de 100.000 euro 2008) le 6 juin 1944 ? Laurent a-t-il prévenu la police ? Je vais étudier les archives de la mine sur ces vols, et les archives de la police et comparer la fréquence de ces larcins à Rochebelle, Besseges et la  Grand’Combe. Une hypothèse serait que certains directeurs de Mine fermaient les yeux sur ces vols, d’autres pas.
  • Avait on le droit de résister à l'impôt révolutionnaire prélevé par les maquisards FTP :   Alès, la Grand´Combe et Bessèges était la "chasse gardée" des maquis communistes qui comptaient par ailleurs de nombreux mineurs syndiqués dans les Mines. Les entreprises "en ville", sous l'œil de la garnison allemande, étaient-elles moins "racketées" que les autres ? Un patron de mine pouvait-il refuser le racket des FTP pour donner à d'autres maquis non communistes ? Je vais chercher a contacter d'anciens mineurs et d'anciens résistants pour les interroger sur ce point, et analyser les archives de la mine et de la police.
  • Lutte contre l'absentéisme : une autre piste serait la lutte menée par Laurent  contre l'absentéisme croissant à partir de mi 43. Certaines initiatives prises par la Direction de la Mine ont peut être pénalisé certains mineurs communistes (interruption de versement de salaires, courriers de mise à pied, etc.) voire contribué à attirer l'attention de l'occupant sur leur situation. Je vais étudier les dossiers du personnel de Rochebelle, Bessèges et la Grand’Combe pour comprendre le contexte, les mesures prises par ces entreprises, et voir si Rochebelle était plus ou moins complaisante avec les absents.
  • Suites de l'attentat de juin 1944 : seuls deux attentats significatifs sont recensés dans les Mines sur le bassin Houillier à cette période. Un attentat en 43 à la Grand'Combe et un double attentat en juin 44 à Rochebelle avec la destruction de la centrale électrique du Puits Ste Marie. Ce dernier attentat a entraîné une réaction très vive de l'occupant. Peut-être certains résistants communistes ont-ils été arrêtés par la police française ou l'armée allemande. Je vais interroger les archives de Rochebelle et de la Police à ce sujet. Les conséquences de l’attentat de la Grand’Combe en 43 ont-elles été différentes des conséquences de l’attentat de Rochebelle en 44 ? Pourquoi le patron de la Grand’Combe est-il resté en poste et pas Laurent ?

 

Autant de questions qui trouveront sans doute des éléments de réponse dans les témoignages laissés localement par certains protagonistes, ou dans les archives de la Mine, ou dans les archives de la Police, ou en interrogeant des mineurs, des résistants ou leurs enfants.

 

En parallèle, je vais mettre des Noms et des Visages sur les responsables syndicaux de la Mine et les responsables du Maquis FTP et rechercher des témoignages directs ou indirects de ces événements.

 

Premiers résultats de l'enquête

 

Voici, dans le désordre, les premiers éléments qui ressortent de l'enquête

 

DOSSIER N°1 Contexte National de l'Occupation entre 1940 et 1944 . Les français ont passé les années 40 à 42 à lutter pour leur ravitaillement, et 43 et 44 à lutter contre la déportation des jeunes hommes.

DOSSIER N°2 Le comportement des maquis communistes dans le Gard . Le maquis FTP avait fait du secteur d'Alès - La Grand'Combe son "terrain de chasse" réservé. Le fort taux de syndicalisation des Mineurs permettait aux résistants FTP de cumuler un emploi dans la Mine et une activité dans le maquis.

DOSSIER N°3 Les entreprises dans le gard sous l'occupation

DOSSIER N°4 : les Houillères de Rochebelle pendant l'occupation. Difficulté à recruter, productivité faible des ouvriers en partie à cause de la malnutrition, absentéisme croisant à partir de 43, très forte inflation pendant la guerre avec une augmentation insuffisante des prix de vente.

DOSSIER N°5 : Risque de Guerre Civile dans le Gard : à la libération du Gard, 4000 maquisards dont 600 FTP et 2000 Aigoual-Cévènnes. Tentatives des FTP pour prendre le pouvoir à Nîmes, contenues par les CFL.

DOSSIER N°6 : La chasse aux communistes sous l’occupation : avec le Pacte Hitler Staline, le parti communiste a trahi en 39, il a été interdit par le gouvernement légitime (avant Vichy). Est-ce de cette période de traque des cadres du parti que remonte l'animosité des milices FTP pour Laurent David ? L'enquête suggère que c'est peu probable.

DOSSIER N°7 : La prise de pouvoir avortée des communistes avec le recul de l'histoire, la démocratie l'a échappé belle, nous sommes passés de peu à côté d'une guerre civile et d'une révolution communiste. Tous les détails dans cet article.

DOSSIER N°8 : le scandale de la colonne SCHNEIDER : dans tout le Sud Ouest, en aout 44, les tensions étaient énormes entre FFI apolitiques et communistes. L'armée d'Afrique n'avait pas le temps de maintenir l'ordre. Le risque de guerre civile était important. A l'initiative de Jacques SOUSTELLE à Alger, et sans en référer a de Gaulle, une colonne de 30.000 hommes a été formée pour embrigader les FFI et les envoyer combattre les allemands, la colonne SCHNEIDER. Pour simplifier, la grande majorité des maquisards communistes sont rentrés chez eux (menaces de mort sur ceux qui voulaient partir se battre source D Magnant), la majorité des résistants "apolitiques" sont partis en Bourgogne, puis les maquisards communistes sont ressortis de chez eux pour prendre le pouvoir de Toulouse à Alès et chasser les ennemis de classe.

DOSSIER N°9 :(futur) plusieurs attentats en 1943 et 1944 à Rochebelle. Et un "casse" retentissant de la paye des ouvriers (650.000 francs, 100.000 euro).  Et les 4 "casses" de la Banque de France entre aout et décembre 1944 par des "résistants" (en aout a Nîmes et Alès par le commandant Carlo, FTP, en octobre et décembre par des "résistants indéterminés" - il ne restait plus que des anciens FTP, les autres avaient suivi la colonne SCHNEIDER).

DOSSIER N°10 : (futur) mesures de lutte contre l'absentéisme à Rochebelle

DOSSIER N°11 : (futur)la part des livraisons de nourriture aux ouvriers dans le compte d'exploitation de Rochebelle.

DOSSIER N°12 :  (futur)comparatif Grand'Combe/Bessèges/Rochebelle sous l'occupation

 

DOSSIER N°X Témoignage du successeur de Laurent DAVID, Mr X  (réservé uniquement aux membres de la famille)

DOSSIER N°Y Les protagonistes de la Libération d'Alès. (réservé uniquement aux membres de la famille)

DOSSIER N°Z : (futur) les Directeurs des Mines d'Alès : ils étaient 6 à la Libération dont La Grand Combe, Bessèges et Rochebelle. 4 sont restés en place, 2 ont été épurés. Lesquels ont été maintenus en place avec l'accord des communistes, et lesquels ont été épurés.