Enquête Cévenole : 1er volet : le contexte National

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Rappel du contexte

Mon Grand-père, Laurent DAVID, a dirigé une grande entreprise à Alès pendant la guerre, les Houillères de Rochebelle. Il aurait évité à 600 jeunes français le STO. IL aurait aidé à nourrir les ouvriers de la Mine. IL a été lynché et quasi exécuté par les maquis FTP (communistes) à la Libération, et pas les autres patrons de Mines. Pourquoi ? 70 ans après, Je mène l’enquête.

 

Synthèse de ce Premier Volet de l’enquête 

Avant de situer le contexte du Gard et d’Alès, il convient de rappeler le contexte. Pendant la guerre, les français ne mangeaient pas à leur faim ce qui a conduit au développement d’un marché noir alimentaire, au départ combattu puis finalement encouragé par les Groupes Résistants. Parmi les résistants, les groupes Communistes étaient plus brutaux dans leurs méthodes d’approvisionnement. Moins bien financés que les autres, ils devaient en plus financer le Parti : leurs méthodes d’approvisionnement étaient plus « musclées » et leurs prélèvements étaient parfois exagérés (terre brûlée). Conséquence : fort rejet des maquis communistes dans le monde rural, d’où obligation pour les résistants communistes à partir de 1943 ou 1944 de se comporter de manière exemplaire. Dans ce contexte, les réfractaires au STO sont venus semer la pagaille. Très peu acceptaient la discipline militaire, les autres prenaient des risques inconsidérés pour se ravitailler, prenant le risque d’être pris et de révéler leur connaissance du terrain. Les maquis ont dû, en plus, nourrir ces réfractaires non résistants pour avoir la paix.

 

Premier indice dans notre enquête : la main mise sur les pommes de terre était bien stratégique dans le Gard à partir de la mi-43 pour les résistants en général, et pour les communistes en particulier.

 

le marché noir

Résumé : Au départ limité aux nantis, c’est devenu dès 1941/42 un sport national en raison des carences en ravitaillement. Puis à partir de 1943 un levier au service de la résistance pour pénaliser le ravitaillement de l’occupant et compenser les prélèvements en nourriture faits par les maquis sur le monde paysan.

Qu’a-t-on appelé le marché noir ? Une histoire de fou en fait. Pour faciliter l’accès à l’alimentation et limiter les pénuries, les français avaient des tickets de rationnement. Pain. Beurre viande, chocolat, presque tout était rationné. Selon la taille des familles, selon que le métier exercé nécessitait ou pas du travail physique, selon l’âge des membres du foyer, la famille disposait de quotas de nourriture. Et ces quotas étaient très insuffisants.

Une officine publique, le Secrétariat d’Etat au Ravitaillement pour les produits agricoles, et l’Office Central de Répartition des produits industriels pour les autres produits) achetait les produits chez le producteur à un prix fixé par l’état, puis les commerçants s’approvisionnaient auprès de cette officine. Mais il y avait plusieurs problèmes :

  • Les prix d’achats étaient trop bas : les allemands récupéraient une partie importante de cette nourriture au prix de revient (leur intérêt était donc de racheter le moins cher possible au producteur donc les prix d’achat, en particulier dans le domaine agricole, étaient trop bas pour satisfaire le producteur).

  • Les rations alimentaires ne suffisaient pas : dès 1941/42, c’est devenu un phénomène de masse qui n’était plus réservé aux nantis : les familles étaient obligées d’acheter des compléments "au noir". Donc les paysans mettaient de côté une partie de leur production qu’ils revendaient plus cher... Une certaine tolérance s’instaure pour ce « marché gris » où les français se rendent à la campagne à bicyclette

  • La résistance s’en mêle : à partir de 1943, certains groupes résistants encouragent le développement du marché noir, pour priver l’occupant de nourriture et pour donner de l’oxygène aux paysans contraints par ailleurs de nourrir le maquis. Dans certaines zones, le maquis impose au Secrétariat d’Etat au Ravitaillement une hausse des prix d’achat pour ces mêmes raisons.

 

Tous les paysans étaient suspects de faire du marché noir... Et ceux qui le faisaient accumulaient des sommes en liquide qui attisaient la convoitise. Donc les premiers maquis n’hésitaient pas à rançonner les paysans au prétexte qu’ils faisaient forcement du marché noir.... Quand les campagnes se sont peuplées de réfractaires au STO, il était courant que les paysans soient visités régulièrement à des fins de réquisitions par des groupes concurrents.

La situation était devenue tellement instable que les responsables des maquis ont été sommés de mettre un terme à ces brigandages, parfois le fait d’authentiques voyoux, parfois le fait de résistants indisciplinés, parfois le fait de résistants communistes peu intégrés dans le monde agricole local.

 

 

Les « pauvres » maquis communistes 

Très vite, en 1943, il est apparu que les communistes de joueraient pas le jeu de l’unité nationale a la libération et chercheraient à prendre le pouvoir par la force. Sur le terrain, par ailleurs, ils cherchaient à accomplir des actions d’éclat qui entrainaient des représailles de l’occupant. Ce constat a eu plusieurs conséquences immédiates.

  • Peu d’armes : Globalement, peu de parachutage d’armes avant l’été 1944. Les anglais et les américains ne voulaient pas armer les milices communistes

  • Pas accès à l’argent Gaulliste : Les gaullistes disposaient de financements assez importants, qu’ils réservaient aux maquis sûr. Les groupes de résistance communiste en ont peu bénéficié.

  • Pas accès à l’argent anglais : Les anglais disposaient de fonds secrets qu’ils distribuaient aux seuls maquis disposant d’une compétence militaire avérée. Or les maquis communiste se méfiaient des officiers de l’armée régulière donc leur encadrement militaire était plus léger. Ils ont peu bénéficié de cet or de Londres.

  • Il fallait en plus financer le parti : Une partie des sommes collectées par la résistance communiste servait à financer le parti communiste, avec en particulier un réseau de caches en ville...

 

Donc au plan financier et logistique, les communistes avaient des besoins en financement et nourriture qui dépassaient ceux des maquis loyalistes, ce qui a conduit mécaniquement certains groupes communistes a « racketter » plus brutalement que d’autres les particuliers (principalement les paysans) ou les entreprises qui avaient de l’argent liquide ou des stocks de nourriture. En général les cibles de leurs réquisitions n’avaient pas de sympathies communistes..

 

Les réfractaires au STO : un problème énorme pour les résistants

Résumé : le STO a constitué un système révoltant de travail forcé pour les jeunes français pendant l’occupation. Basée au départ sur le volontariat, la machine s’est emballée en 1943 (jeunes de 20 à 22 ans) puis en 1944 (STO dès l’âge de 16 ans). De nombreux réfractaires se sont cachés dans la campagne, la montagne. Peu sont devenus résistants. Ils constituaient une menace pour les groupes de résistants qui ont vite été contraints de les nourrir pour qu’ils restent cachés.

La France est le seul pays occupé à avoir envoyé ses ressortissants travailler en Allemagne. Présenté au départ comme une émigration économique (bonne paye), puis comme l’occasion inespérée d’acquérir des compétences, ou comme une action généreuse permettant de faire revenir des prisonniers, le sort des victimes du STO en Allemagne a été le plus souvent effroyable.

On estime que 600.000 français ont travaillé en Allemagne. 40.000 engagés volontaires de la première heure, 350.000 victimes du STO et 200.000 prisonniers de guerre. Malgré ces chiffres, la machine s’est emballée en 1943 (tous le jeunes de 20 à 22 ans qui n’exerçaient pas une profession stratégique (paysans, mineur, gendarmes) étaient commis au STO. Et début 1944, ce sont tous les jeunes de 16 à 30 ans. C’est avec la généralisation du STO que le divorce s’est prononcé entre la population et le gouvernement de Vichy.

Pour échapper au STO, il fallait devenir mineur, ou paysan ou entrer dans la clandestinité. On estime que dans les mines de charbon du nord, ce sont 20.000 jeunes français qui ont échappé au STO dans les mines. Dans le bassin d Ales, quelques milliers. Dont 600 pour les mines de Rochebelle. Beaucoup de jeunes sont partis travailler dans les fermes mais on estime que 200.000 ou 300.000 jeunes sont devenus réfractaires entre mi 43 et aout 1944. Cachés dans une cave, dans un grenier ou dans les zones de montagne, dans les alpages, le fameux maquis. Un historien, Fabrice GRENARD évoque dans son livre "Maquis Noirs et Faux Maquis" que seuls 10% environ des réfractaires se sont enrôlés dans la résistance.

En effet, il y avait une discipline stricte, des entrainements et surtout des opérations de collecte de nourriture ou de vêtement fastidieuses. Très vite, même les plus motivés finissaient par « déserter » pour se regrouper par groupe de deux a cinq, dans des bergeries ou des bâtiments isoles. Les conditions de vie y étaient effroyables (impossibilité de faire du feu, de se chauffer). Et la recherche de nourriture et de vêtement était un vrai casse-tête.

Mais pour les maquis de résistants, ces groupes isolés et affamés étaient une menace permanente (d’être découverts, d’être suivis ou d’être arrêtés et interrogés). Ces éléments isolés, quand ils se rendaient en ville pour leur approvisionnement, prenaient des risques importants. Mieux valait pour les groupes de résistants les nourrir et les tenir au vert loin de la police. Donc la logistique devenait très complexe pour ces groupes résistants qui devaient collecter d’importants volumes de nourriture, de l’argent et des tickets de rationnement, pour eux-mêmes et pour les réfractaires dans le maquis.