La Diaspora Verrière de Franche Comté

 

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Quand les premiers maîtres verriers venant du Jura Suisse ou de Forêt Noire se sont installés en Alsace au milieu du XVIIème siècle ou en France Comté à la fin du XVIIème siècle, ils étaient les bienvenus pour plusieurs raisons :

 

  • C’étaient des colons : Ces territoires avaient été ravagés par des guerres effroyables (guerre de trente ans en Alsace puis conquête française, guerre de dix ans en France Comté puis conquête française) et les villages avaient perdu 50 à 70% de leur population. Ces immigrant verriers étaient de gros travailleurs,

  • Ils étaient politiquement corrects : ils étaient catholiques donc politiquement fiables.

  • Ils créaient de la richesse : il valorisaient les forets les plus reculées et défrichaient gratuitement pour l’agriculture. A cette époque, les Vosges avaient trop de forêt.

  • Pour ces immigrants, leur situation s’améliorait : les verriers nomades étaient très mal vus de l’autre côté du rhin (ils pillaient les forêts, c’étaient des « romanichels »..) en s’installant en France ils gagnaient mieux leur vie, le marché français était beaucoup plus rentable et très en retard au plan technologique.

 

En 1770, en Franche Comté, la situation a changé dramatiquement  et les verriers comtois sont incités pour des tas de raison à porsuivre leur migration, vers le sud cette fois :

 

  • La France comté s’est repeuplée et les verriers sont devenus une nuisance dans le monde rural  : les populations rurales ne supportent plus ces verriers qui détruisent les forêts, vivent en autarcie, ne payent aucun impôts et font grimper le prix du bois dont les villageois ont tant besoin pour leur chauffage.

  • Les fours à bois sont dépassés, il faut du charbon : en effet, le four au charbon fait baisser le prix de revient de 44% en moyenne : il faut déménager les verreries près des mines de charbon et des bassins de consommation.

  • Les verreries industrielles offrent un meilleur cadre de vie aux ouvriers : les ouvriers vivent en ville et plus en foret, l’augmentation de la demande multiplie les opportunités de promotion sociale (des cultivateurs deviennent tiseurs ou étendeurs en une génération et souffleurs en deux générations) et les salaires augmentent vite pour tous les ouvriers verriers leur apportant une reconnaissance sociale énorme dans le monde urbain, ce qui n’était pas le cas dans les verreries Comtoises en forêt coupées du monde.

  • Les maîtres verriers se multiplient et se prolétarisent  : autrefois, le maître verrier finançait le cycle d’exploitation donc il y avait un fossé considérable entre maitre verrier et ouvrier. Avec le verre au charbon de terre, cette distinction s’atténue (le souffleur reste maître verrier mais l’écart de salaires entre souffleur, fondeur, étendeur s’effondre ce qui améliore le statut moyen de toute la profession.

  • La diaspora comtoise se met en place : la diaspora prend les commandes de cette industrie et ne recrute principalement que dans les verreries comtoises. Ces verriers font venir leurs proches, qui laissent des places vides en Franche Comté pour former de nouveaux agriculteurs a devenir verriers qui eux-mêmes migreront 15 ans plus tard.

  • La stratégie matrimoniale des verriers accentue le phénomène : les verriers se marient entre eux et ne recherchent des partenaires dans les villages alentours qu’en cas de nécessité. Toutes les familles de verriers sont donc apparentées.

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Ces différents facteurs, couplés à la forte augmentation de la demande en vitres et en bouteilles, siphonnent littéralement les verreries Comtoises de leurs ouvriers qualifiés au profit de Givors, Pierre Bénite et Saint Bérain sur Dheune pour ne citer que les principales.

Ce mouvement d’essaimage massif est encore accentué par les troubles révolutionnaires qui compliquent l’activité des verreries comtoises pour les raisons suivantes :

 

  • Crises économiques de 1789-1790 et 1792-1793 qui entrainent un ralentissement de l’activité.

  • Réquisition du sel, de la potasse, de la chaux (essentiels en tant que fondant pour abaisser la temperature de fusion) pour fabriquer du salpêtre puis de la poudre

  • Effondrement de la monnaie, les assignats et crise économique qui en résulte.

  • Réquisition des chevaux, du fourrage, des attelages ce qui compromet la chaine logistique de distribution.

  • Impact de la guerre désastreux sur l’économie.

 

Les ouvriers qui n’avait pas quitté la France Comté avant 1793 l’ont fait à ce moment là. Ce sera le cas de nos trois frères DAVID, que nous retrouverons à Saint Berain sur Dheune ou a Givors vers 1797 ou 1798.

 

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