Le canal de rive de gier

  Source : La Loire Historique, 1840 

 

Introduction

Ce site est consacré aux David Verriers, les David de Servance et au dernier d'entre eux, Antoine DAVID, né à Rive de Gier en 1858, mort a Alès en 1935. Il a connu l'ascenseur social dans le mauvais sens, alors que son fils Laurent DAVID a bénéficié d'une réussite sociale exemplaire. Le présent article, obtenu avec l'aide de Google Books, donne des informations sur le contexte industriel de l'époque et sur le Canl de Rive de Gier à Givors.  Avant la création du canal reliant les mines de charbon de Rive de Gier au Rhône (donc aux débouchés de Lyon, Marseille et de l'export en Méditerranée),  le charbon se transportait diffiçilement. L' histoire ci dessous relate la création du canal de Rive de Gier a Givors, qui permit a Rive de Gier de règner de 1780 a 1850 sur l industrie française.

 


Extrait de La "Loire Pittoresque" de 1840

En 1751, François-Zacharie de Lyon , forma le plan de ce canal , dont l'une des extrémités aurait été à Givors sur le Rhône, l'autre à Roulhéon sur la Loire : ce qui eut produit un parcours de 53,000 mètres ou dix lieues trois cinquièmes, passant par Rivc-de-Gier, Saint-Chainond et Saint-Etienne. Malgré des obstacles sans nombre, l'auteur de ce projet parvint en 1760, à obtenir l'autorisation de l'exécuter; les premiers bateaux descendirent en 1768, de Saint-Romain à Givors. Mais la parcimonie financière qui avait présidé aux travaux ayant nui au succès de l'entreprise, Zacharic mourut de chagrin. 

Après arrêt de 1770, Guillaume-Zacharie, fils du précédent, obtint la permission de reprendre les ouvrages , avec concession pour soixante années des droits précédemment accordés à son père. L'entreprise fut alors conduite avec activité en 1780, le canal était terminé jusqu'à Rive-de-Gier; au commencement de l'année suivante, la navigation y fut pleinement établie. « Cependant un nouvel arrêt rendu en 1779 , avait prolongé à 99 ans la durée des droits accordés à l'entrepreneur, avec augmentation de moitié de leur quotité. Les prétentions de Zacharic n'en restèrent pas là : sur de nouvelles représentations faites à la cour en 1788, par la compagnie qu'il avait fondée. Louis XVI lui fit l'abandon absolu du canal, avec titre de lief, pour en jouir à perpétuité, moyennant une redevance annuelle d'un éjteron d 'or, et à la charge d'employer, suivant l'offre de ladite compagnie, une somme de 1,371,551 fr.. tant en ouvrages nécessaires au perfectionnement de ceux exécutés avec trop d'économie, qu'à la construction d'un réservoir qui pût, en temps de sécheresse , suppléer les eaux du Gier.

Martin de Cornât et Givors. On compte sur ce canal 29 écluses. 9 ponts-aqueducs, 16 ponts-chemins, un percé à travers une montagne, ayant 108 mètres de longueur. 11 mètres 69 centimètres de largeur et autant de hauteur. On a établi des chaussées en maçonnerie,assises dans le lit du torrent (leGier), et longues de 2,000 mètres. Sur une plus grande étendue régnent des parties du canal tranchées perpendiculairement dans les rochers, depuis 3 jusqu'à 8 mètres de hauteur. Deux beaux bassins revêtus en pierre de taille, commencent et terminent le canal : dans celui établi à Rive-de-Gier, s'opère l'embarquement des charbons : il a 120 mètres de longueur. Celui de Givors, destiné à garer les bateaux , a 300 mètres aussi de longueur.

Mais le plus important comme le plus dispendieux des travaux exécutés, c'est sans contredit le réservoir de Couzon, destiné à tenir en réserve les eaux du ruisseau de ce nom. Ce réservoir, situé à une demi-lieue au-dessus de Rive-de-Gier, fut achevé en 1809; il peut être comparé au bassin de Saint-Féréol (canal du Midi ). La hauteur du mur d'amont est d'environ 30 mètres; l'épaisseur de la digue ou barrage , de 60 mètres. Les rigoles de conduite se prolongent par un percement de 500 mètres de longueur à travers la montagne. Ce bassin peut contenir 1,500,000 mètres cubes d'eau destinée à remplacer les eaux du Gier, dans les temps de sécheresse, et alors il peut suffire aux besoins de la navigation. 

Le principal objet de l'entreprise du canal de Givors, était le transport de la houille extraite des mines de Rive-de-Gier; depuis, cette utilité s'est accrue de toutes celles résultant de l'industrie et du commerce expansifs de cette ville et de ses environs. Subsidiairement, le canal a favorisé l'importation dans l'arrondissement de Saint-Élienne, des vins, des fers et autres matières tirées 4u Lyonnais ou de la Bourgogne. Primitivement, les droits de navigation étaient de 5 sous par quintal, poids de marc, pour toute la longueur du canal. En 1781. la Compagnie réduisit volontairement ce péage, savoir : pour la houille, à sous par mesure du poids de 150 livres, et pour les autres objets à , 2 sous  par quintal.

Il entre, année commune, dans le canal de Givors de iôOO à 3,000 bateaux; le plus grand nombre est vide, et charge en retour de la bhuille seulement. Or, à raison du poids de l'hectolitre, substitué à 1 ancienne mesure locale, on perçoit 27 centimes et demi, c'est-à-dire 5 sous fi deniers au lieu de 5 sous. Chaque bateau porte 600, 700, 800 et jusqu'à 900 liectolitres de charbon. Deux ou trois hommes suffisent pour conduire un bateau de Rive-de-Gier à Givors en un jour.

Aux deux extrémités du canal . la Compagnie a des magasins et entrepots commodes; elle entrelient des pré posés pour recevoir toutes les marchandises en transit et les expédier à leur destination. Les établissements de cette Compagnie à Rive-de-Gier ont un aspect monumental ; ils contribuent à l'ornement de la ville. Elle a également à Lyon un entrepôt qui reçoit les marchandises, et les expédie à Rive-de-Gier, par des bateaux appelés diligences. On pourra se faire une idée de l'immense  accroissement du commerce dans le département de la Loire , par l'aperçu suivant :

en 1784, la perception des droits sur le canal ne s'élevait annuellement qu'à 51,582 francs;

en 1818, cette même perception donnait 568,038;

au moment où nous écrivons, il n'est pas hasardeux d'avancer qu'elle s'élève à plus de 1,000,000 de francs.

Chaque année, au mois de septembre , le canal est mis à sec pour en faire le curement et réparer les ouvrages de l'art. Trois jours suffisent ensuite, pour le remplir du volume d'eau nécessaire à la navigation. Dans le cours de l'année, s'il survient des accidents, ils sont réparés le plus souvent dans la nuit et n'interrompent que très-rarement le service *. L'exécution du premier projet de François-Zacharie , pour la réunion du Rhône à la Loire, présentait des avantages locaux qui n'ont pas encore été réalisés : il offrait, par exemple, un débouché favorable pour l'exploitation des bois du Mont-Pila, pour l'écoulement des objets manufacturés à Saint - Chamond et à Saint-Étienne ; enfin , pour le transport de la houille des bassins avoisinant ces deux villes. On s'est proposé, dans ces derniers temps, de réaliser ces avantages dans l'arrondissement que nous explorons.

Par ordonnance du 5 décembre 1831, la Compagnie-Concessionnaire du canal de Givors a été autorisée à le prolonger jusqu'au lieu appelé la Grand' Croix. M. Michel, ingénieur des ponts-et-chaussées , fut alors chargé de dresser le plan et le devis des travaux. Le point de départ à Rivc-de-Gier est établi à l'extrémité du canal. au centre d'une cour entourée des magasins de la Compagnie. Après avoir remonté le cours du Gier , dans le lit même de la rivière , et s'être adossé contre les maisons riveraines sur une longueur de 220 mètres, le canal doit traverser la route royale de Lyon à Toulouse , par Saint-Étienne ; puis continuant i suivre le cours du Gier, franchir le torrent de la Dorèze en passant derrière la forge de Lorette , dont nous parlerons ci-après. Au-dessus de cet établissement. il traversera le Gier et l'un de ses affluents sur la rive gauche, le franchira de nouveau au-dessus du barrage du Bouchet, et viendra aboutir au pont de la Grand'Croix , limite de la concession obtenue. Ce tracé offre un développement de 5,000 mètres. Les travaux de canalisation sont loin d'etre terminés au moment où nous écrivons; nous ne pouvons donc signaler que les dispositions du projet. La pente totale, depuis la Grand'Croix jusqu'à Rive-de-Gier est de 66 mètres; elle sera répartie sur 17 écluses : 14 de 3 mètres et 3 de 4 mètres chacune de chute.

[Note de AD : cette extension du canal ne vit jamais le jour, tuée dans l'œuf par la mise en service du chemin de fer et sans doute par le refus des industriels de Rive de Gier de concéder des prises d'eau additionnelles au canal en amont de Rive de Gier...]

Des ponts-canaux seront jetés sur les rivières ou ruisseaux de Gier, de Dorèze et d'Autras; leur construction offrira une hauteur suffisante pour laisser aux eaux un libre cours. Les raccordements de chemins avec les ponts, pourront se faire aisément sans excéder la ."•nie de 5 centimètres par mètre pour les rampes des abords. On laissera aux eaux du Gier, dont le lit sera rétréci par le canal, un débouché de 21 mètres. Voici les moyens que l'on croit propres à procurer les eaux nécessaires pour alimenler ce canal : le Gier, pendant six mois au moins, depuis le commen cement d'octobre jusqu'à la tin de mars, fournit, abstraction faite des eaux d'orage, 1 mètre 50 centimètres cube d'eau par seconde. Or. l'usine la plus considérable qui existe entre la Grand'Croix et Rive-de-Gicr, ne produit pas un iravail qui excède la force de quarante chevaux, en prenant pour force d'un cheval 75 kilogrammes, élevés à 1 mètre par seconde.

Un mètre cube d'eau suffit donc pour produire cette force, en admettant une hauteur de chute de l mèlres, et en supposant que la moilié seulement de la force théorique soit transmise par les macliines hydrauliques. Ainsi , il restera 0 mètre 50 centi mètres cube d'eau par seconde, à la disposition de la compagnie du canal, qui lia besoin que de 0 mètre 25 centimètres, représentant 1,080 pouces de fnnlainier (à 20 mètres par pouce en vingt-quatre heures). Dans ce calcul, on *lmel que 580 pouces d'eau sont nécessaires pour réparer les pertes résultant îles évaporalions et infiltrations . et que les autres 500 pouces d'eau, fournissant 10,000 mètres cubes en vingt-quatre heures, suffiront pendant six mois •i la navigation de seize bateaux, soit montants, soit descendants et portant ensemble 900 tonnes, à raison de 60 tonnes par bateau. Le réservoir de l'ouzon, dont les eaux seront amenées par une rigole large de 4 mètres au plus, peut, d'après les mêmes calculs, fournir 15 à 18,000 mètres cubes d'eau, qui seront plus que suffisants, pour entretenir la navigation pendant leux mois. On pourra donc , toujours d'après ce calcul , avoir huit mois de navigation, sans mettre les mines du Gier en chômage; et il ne faudra plus. pour terminer la campagne de navigation (dix mois), que prendre les eaux de la rivière, au détriment des usines, pendant deux mois seulement. La valeur les usines qui auront à souffrir de cette prise d'eau peut être évaluée à un milion; valeur que la privation des eaux réduira d'un sixième, soit un quart; I indemnité à payer sera conséquemment de 250,000 francs. Cette indemnité comprise, la dépense totale de construction est estimée 1,600,000 francs. L'ordonnance de concession a fixé les droits à percevoir à 10 centimes par kilomètre et par tonne pour les bateaux chargés, et à 25 centimes par ';closesur les bateaux vides. Le projet définitif du etre soumis a l approbation du directeur general des ponts et chaussees et des mines.

Telles sont les dispositions relatives au prolongement du canal de Givors; dispositions qui ne compléteront point le projet conçu il y a plus de 80 ans par François-Zacharie. Il y a plus, les travaux ne s'exécutant qu'avec une extrême lenteur, on a lieu de présumer que le projet pourrait être abandonné, par suite de l'établissement du chemin de fer à double voie, construit par MM. Seguin de Rive-de-Gier à la Grand'Croix. Il est vrai que la concurrence entre cette voie, qui n'a coûté que 500,000 francs sur cet espace , et le canal , qui ne coûtera pas moins de 1,600,000 francs, ne peut être à l'avantage de ce dernier, surtout si la canalisation n'est pas conduite un jour jusqu'à la Loire. Car alors le chemin de fer aurait tout l'avantage de la concurrence, puisque desservant Rive-de-Gier , Saint-Chamond et Saint-Élienne , il correspond ensuite avec le chemin de fer de cette dernière ville au fleuve *. M. Alphonse Peyret, auteur de la Statistique industrielle du département de ta Loire, à qui nous avons emprunté une partie des détails ci-dessus , pense que la Compagnie du canal de Givors , aurait pu construire à moins de frais que n'en entraînera rétablissement de cinq kilomètres seulement de canal, une voie de fer jusqu'à Saint - Etienne , par la vallée de Langonan , (que ne dessert le chemin de MM. Seguin ; et tout en profitant de l'expérience acquise par eux , entrer en partage des beaux bénéfices que procure , sur la ligne de Saint-Élienne à Lyon, la circulation toujours croissante des voyageurs et des marchandises).

 

 Source : La Loire Historique, 1840